Négociations entre le Kosovo et la Serbie : et de 9 !

Après l’annonce de l’échec du huitième round des négociations entre les deux pays le 3 avril dernier, la situation semblait sans issue. Mais Bruxelles pourrait bien avoir réussi, finalement, à offrir une sortie de secours. 

L’incapacité de Pristina et de Belgrade à s’entendre sur la question des compétences à attribuer aux Serbes habitant dans le nord du Kosovo, alors même que selon la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères Catherine Ashton « tous les éléments étaient réunis pour arriver à un accord sur le nord du Kosovo », laissait présager un nouveau blocage complet de la situation. La Serbie estimait  que les droits de l’homme et la sécurité de sa minorité au Kosovo n’étaient pas explicitement garantis par les conditions de l’accord. Et pourtant un terrain d’entente a été finalement trouvé tard dans la nuit, et à la surprise générale.

L’échec des négociations précédentes

Découragé, Bruxelles avait jeté le gant et avait exclu toute reprise des négociations. Les autorités kosovares et l’UE avaient exprimé leur vive déception devant ce nouvel échec. L’Union Européenne, qui avait d’ailleurs exigé des deux parties qu’elles fassent des progrès sur cette question avant d’envisager d’éventuelles négociations d’adhésion à l’Union européenne, avait également posé un ultimatum aux deux pays afin que le dialogue ne s’enlise pas, ce qui laissait jusqu’à présent assez pessimiste quant à une reprise du dialogue.

Le volte-face de l’Union Européenne

Contre toute attente, Catherine Ashton a décidé de reconvoquer à Bruxelles Ivica Dačić et Hashim Thaci, respectivement premiers ministres de la Serbie et du Kosovo, afin de poursuivre le dialogue et de tenter de parvenir à un accord, dans ce qui constituait le neuvième round des négociations entre les deux pays. La Commission Européenne a même annoncé le report de l’évaluation des progrès faits par la Serbie, ce qui n’hypothétique donc pas totalement les chances d’ouverture prochaine de négociations sur son adhésion européenne. Cependant, Belgrade a présenté à Bruxelles plusieurs points sur lesquels elle était décidée à se montrer intraitable, et ne semblait pas prête à faire les concessions qui s’imposent en vue d’un accord entre les deux pays.

L’enjeu de l’accord Serbie-Kosovo. 

L’enjeu était crucial pour les deux pays qui négociaient essentiellement à propos de la situation des minorités serbes qui vivent dans le Nord du Kosovo, une région accolée à la Serbie. Belgrade militait essentiellement pour la création d’une union des communes serbes, dotée de compétences autonomes en matière de police et de justice notamment, et qui pourrait fonctionner sans contrôle de la part du Kosovo. Pristina s’opposait farouchement  à une trop grande autonomie des municipalités serbes, craignant dans un premier temps des revendications sécessionnistes et une perte de sa souveraineté sur une zone qui représente un quart de son territoire national. La Serbie exigeait, de plus, le retrait des forces armées kosovares présentes dans le nord du pays, bien que les Etats-Unis et l’Union Européenne penchent davantage vers le Kosovo pour des questions de stabilité régionale. Confrontée à la pression de Bruxelles, la Serbie s’est résignée à faire passer l’adhésion à l’Union européenne avant sa minorité au Kosovo et Pristina a du consentir à accorder une certaine forme d’autonomie à sa province du nord pour obtenir enfin un début de reconnaissance de Belgrade. Un accord difficile, qu’il faudra encore faire avaler aux populations concernées.

Simon Bomeisl

A lire aussi sur Café Balkans : Négociations Serbie-Kosovo : round 8 (03/04/2013)

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Le bruit du silence, ou une liberté d’expression à la balkanique

Commentaires bloqués sur les blogs, médias dissous ou écartés, auto-censure, journalistes menacé… La liberté d’expression est encore un exercice difficile dans les Balkans.

Quand on parle des libertés fondamentales, on ne manque jamais d’évoquer la liberté d’expression. Toutefois, ces libertés démocratiques sont loin d’être une réalité dans les pays ex-yougoslaves. Exemple en Macédoine où le 24 décembre 2012, tous les députés de l’opposition ont été brutalement évacués de l’Assemblée nationale par des services d’ordre, parce qu’ils étaient opposés au budget proposé par le VMRO-DPMNE, le parti majoritaire au pouvoir depuis sept ans. Finalement, le projet de budget 2013 a été voté uniquement par ceux qui l’avait élaboré. Avant l’expulsion des députés, les représentants des médias avaient été soigneusement évacués. Heureusement, l’évènement a été enregistré par des appareils photo amateurs et les téléphones des députés évacués. Le procédé a choqué même hors du pays et l’UE s’est dépêchée d’intervenir en insistant sur des négociations entre les deux bords grâce à la médiation du Commissaire Štefan Füle.

La démocratie remise en cause

La liberté de pensée et d’exprimer le désaccord – ce qui semble tout à fait légitime dans de véritables conditions de démocratie, ne semble pas encore à l’ordre du jour. Mais les crises politiques vont et viennent. Certains phénomènes permanents, en revanche, ne peuvent pas être réglés par une intervention étrangère. La liberté de la presse, ou dans le cas présent son absence, en est un exemple. La Macédoine s’apparente à une démocratie parlementaire uniquement par définition. Il y a presque deux ans A1, la télévision la plus populaire du pays, a été fermée et son directeur, Velija Ramkovski, a été emprisonné. Accusé d’évasion fiscale, il est encore en prison. A1 était une télévision neutre et indépendante, contrairement à beaucoup d’autres chaînes qui étaient et restent encore explicitement pro-gouvernementales. L’indépendance et la richesse du contenu de son programme ont contribué à la bonne réputation dont la chaîne s’était dotée depuis sa naissance en 1993. Curieusement, A1 est la seule chaîne a dont la fiscalité a été soumise à des examens aussi poussés.

Un enjeu régional dangereux

Les autres pays ex-yougoslaves, pourtant eux aussi proclamés « démocraties parlementaires », n’échappent pas à des problèmes similaires. Etre un journaliste d’investigation n’est pas forcément une très bonne idée dans les Balkans. L’auteur et la présentatrice de l’émission « Insajder » sur la chaine B92 en Serbie, Brankica Stankovic est sous protection policière 24/24h depuis 2009. Son émission égratigne régulièrement le gouvernement serbeDepuis toujours dans cette région, il est dangereux de penser différemment de ceux qui détiennent le pouvoir. Et même si l’on ose penser, est-il possible de s’exprimer ? Bien sûr, les pays ex-yougoslaves à l’heure actuelle sont loin du temps de ce que l’on appelait « Goli otok » : un endroit où étaient envoyés tous ceux qui n’avaient pas le même avis communiste que Tito. Le régime a changé, mais la sélection des informations et la censure de l’expression sont toujours de mise.

Tout cela est très bien caché sous le masque de la démocratie, qui existe au moins théoriquement. Mais la véritable transition de ces pays sera accomplie lorsque la liberté d’expression sera complète. Jusqu’à présent personne, à part les partenaires européens, n’a jamais cité ouvertement la liberté d’expression comme un des critères primordiaux d’un régime démocratique.

Ivana Popovska

Macédoine : l’intégration européenne de nouveau à l’ordre du jour ?

Candidat à l’entrée dans l’Union européenne depuis décembre 2005, au lieu de s’ouvrir sur l’Europe, la Macédoine a connu un repli sur soi. Pourtant la question de l’adhésion de l’ancienne République yougoslave est à nouveau à l’ordre du jour,  ravivant au passage le différend concernant son nom.

Le 9 avril, les députés de la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen ont ouvert une nouvelle fois le débat sur le processus d’adhésion de la Macédoine, commencé il y a huit ans. Les députés ont insisté sur le fait que « le début des négociations devrait permettre de changer la donne », c’est-à-dire permettre une meilleure politique interne et surtout la stabilisation des relations entre la Macédoine et ses voisines, notamment la Grèce et la Bulgarie.

« La question du nom a bloqué le chemin vers l’adhésion à l’UE »

La commission parlementaire a souligné que l’accord entre la Grèce et la Macédoine sur le nom officiel de ce petit pays de 2 millions d’habitants est une condition vitale pour démarrer le processus d’adhésion. En effet, la Grèce lui conteste le droit de porter le nom de « Macédoine » en raison des références historiques portées par celui-ci. Pour les Grecs, la Macédoine est une région géographique, qui est pour plus de 50% en Grèce et autour de 30% dans l’ancienne République yougoslave. Les Grecs contestent également toutes les références aux symboles de la Macédoine ancienne comme notamment le Soleil de Vergina qui est resté un certain temps sur le drapeau du jeune état balkanique. Pourtant malgré ces contestations, Skopje continue à revendiquer cet héritage notamment par le projet de monuments Skopje 2014 qui fait référence à ce passé glorieux.

La Bulgarie : nouvelle alliée de la Grèce ?

La Grèce n’est pourtant pas le seul Etat avec des objections à l’adhésion de la Macédoine. Dernièrement, la Bulgarie s’est aussi alliée à la position des Grecs en imposant son veto, en décembre dernier, pour le commencement des négociations. La Bulgarie, qui pourtant a été parmi les premiers à reconnaître le nouveau pays sous son nom de Macédoine, justifie sa décision par la dégradation de ses relations avec l’ancienne République yougoslave. Elle pointe également une négligence des droits des minorités bulgares en Macédoine et une propagande anti-bulgare soutenue par les autorités politiques.

Une visite controversée du Commissaire européen à l’Elargissement

Le 9 avril, Stefan Füle, Commissaire européen à l’Elargissement, a visité le pays pour la troisième fois cette année. Lors de sa visite, il a souligné que « malgré les grands efforts réalisés jusqu’à maintenant, [il n’a] pas l’impression que l’image de la Macédoine s’est améliorée à Bruxelles ». Il a aussi insisté sur la nécessité d’une meilleure garantie de la liberté d’expression et du dialogue politique. En outre, pendant sa visite, des nouvelles négociations ont eu lieu entre la Macédoine et la Grèce à New York. Nimetz Floats, envoyé spécial de l’ONU et chargé des négociations, a annoncé qu’une nouvelle proposition a été faite qui pourrait finalement aboutir à un accord entre les deux pays. Si c’est le cas, ce sera un grand pas vers l’Union européenne pour la Macédoine qui permettra aussi d’assurer une stabilité de la politique interne et étrangère du pays.

Cependant, à l’heure actuelle, il est impossible de fixer une date théorique de l’adhésion de la Macédoine à l’Union européenne. Les trois pays doivent trouver le plus rapidement possible une solution au problème car ce n’est que la coopération et les bonnes relations qui assureront la stabilité et la prospérité dans les Balkans, une région où l’hostilité a été présente pour une trop longue période.

Filip Salamitov