Une nouvelle tentative dans l’intégration des Roms ?

Les Roms, présents sur le territoire de plusieurs Etats européens, sont plus nombreux dans l’ancienne Europe de l’Est. Partout ils sont confrontés à la misère sociale, aux préjugés et à l’exclusion. Leurs relations avec les sociétés locales sont souvent marquées par des conflits. Après une vague de financements inefficaces, un nombre de « nouveaux projets » se mettent en place pour améliorer la situation des Roms.

Marché improvisé dans les rues de Bar, Monténégro Flickr/CC_/Zalexandra_phonepics

Marché improvisé dans les rues de Bar, Monténégro
Flickr/CC_/Zalexandra_phonepics

 

Soumis à des préjugés

« Voleurs de poules», « voleurs d’enfants » et « sans morale ». Cette perception négative des Roms ne diffère pas d’un pays à l’autre en Europe. Malgré cela, les européens ont du mal à reconnaître leur part de responsabilité dans l’état de ce peuple. L’intégration de la communauté des Roms est loin d’être une priorité dans les politiques européennes. On a tacitement décidé d’exclure ce peuple soumis à des préjugés dans les Etats européens, frileux à se positionner clairement sur cette question. Ce peuple, vu uniquement par un prisme négatif ou caricatural, est l’éternel exclu. De nombreux ghettos Roms partout en Europe de l’Ouest illustrent très concrètement cette politique d’exclusion.

Les effets de la chute des régimes communistes

« Les régimes communistes ont jusqu’à un certain point  favorisé l’intégration sociale des Roms, à travers notamment des emplois dans les industries et l’agriculture. Les enfants roms ont été ciblés par des politiques scolaires très volontaristes. » explique Antonela Capelle-Pogacean, chargée de recherche au Sciences Po-CERI. Avec la fin du communisme, l’éclatement de l’Union soviétique et surtout de la Yougoslavie, la mise en faillite des industries et de l’agriculture communistes, les Roms sont exclus des emplois, de l’école, de la santé, étant parmi les premiers perdants des changements postcommunistes. Dans les dernières années, l’élargissement de l’Union européenne et des compétences supranationales ont permis d’encourager les Etats à reconnaître les Roms comme minorité. Aujourd’hui on vise une intégration plus profonde. Le  Sommet Européen pour les Roms, organisé le 4 Avril, annonce de vouloir « atteindre le niveau local ». Cette nouvelle direction fait apparaître un nouveau genre de projets.

Le « nouveau genre de projets »

Les projets « traditionnels » sont peu efficaces. Malgré la construction d’écoles pour les élèves roms, les enfants n’en franchissent que rarement le seuil. Les « nouveaux » projets visent alors à combattre ce genre de problème par une intégration plus durable de la communauté A Bucarest, au sein du projet « club d’enseignement alternatif », les professeurs recrutés sont issus de la communauté rom. Olga Anghel, responsable PR, dit que ces professeurs « font pression sur les autorités locales » pour encourager la scolarisation dans la communauté. De même, ils s’engagent directement dans la recherche des fonds financiers. Ce transfert de compétence et la possibilité pour les Roms de gérer les projets eux-mêmes entraînent une plus grande motivation.

Judith B. a joint spontanément un groupe des jeunes, qui ont mis en place une initiative par eux-mêmes. Ils sont allés à Mamaia en Roumanie rejoindre librement un projet local pour garder les enfants roms. Ce quartier rom était séparé du village où l’épicerie est le seul point de contact entre les Roms et les Roumains. Judith raconte que « la misère sociale est la raison d’un grand mécontentement, ce qui a compliqué notre travail. » La garde des enfants était dure parce que « les enfants n’avaient aucun sens d’autorité et ne veulent pas obéir». Il était donc difficile pour les jeunes activistes de mettre en place un programme du jour qui soit ordonné. Après deux semaines, Judith est retournée en France avec une grande expérience dans sa valise. Son engagement l’a motivée pour s’engager pour la question rom en France. Ce genre d’engagement individuel est marginal mais donne espoir en un changement des préjugés et en l’intégration des Roms à travers de ce nouveau genre des projets.

Un bénéfice mutuel

Cette approche est intégratrice dans les deux sens. Non seulement les Roms sont inclus dans le processus de décision, mais on transfère également la responsabilité individuelle vers la communauté. Prendre les Roms au sérieux et aboutir à une compréhension culturelle mutuelle est le premier pas pour viser un futur commun dans les Balkans.

Marc Weilenmann

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Festival de Guča : Avec tambour et trompettes

La ville de Guča, dans le sud-ouest de la Serbie, est la maison spirituelle de cette musique appelée « le Cuivre Balkanique ». Chaque début août, environ un million de visiteurs y écoutent les meilleurs orchestres de la région.

Au commencement du festival de Guča, en 1961, ce n’était qu’une assemblée de trompettistes motivés pour préserver les musiques locales et folkloriques dans la Yougoslavie de Tito. Depuis 52 ans, la petite association locale a prospéré. La ville dispose désormais d’un stade, d’infrastructures pour la population locale et d’une scène musicale très connue internationalement et toujours aussi forte.

En plus de réunir la crème de la crème des « trubaci », c’est son ambiance joyeuse et festive qui donne envie d’aller à Guča. Le weekend du festival, qui a toujours lieu pendant l’été sous une chaleur caniculaire, représente une chance pour les nombreux groupes, « les Orkestars », de se disputer le titre de Meilleur orchestre du pays. Presque tous sont issus de la minorité rom du pays et s’entraînent sans relâche toute l’année. Le titre se gagne dans la sueur, l’effort et le souffle. Plus important encore, c’est aussi une opportunité pour les orchestres de célébrer leurs traditions et de se réjouir ensemble de la renaissance de la popularité de ce genre iconique de la région.

Perpétuer la tradition

La dernière édition du festival, Guča 2012, a été fréquentée officiellement par 950 mille personnes, dont 50 000 étrangers. Les 900 000 Serbes qui se sont déplacés ont démontré par leur présence massive que le festival de Guča reste primordial dans la culture serbe.
Le cuivre balkanique est un style de musique rapide mais organique. Le rythme dansé des temps passés cadence encore un style inscrit dans l’ADN national des Serbes. Le plus grand rassemblement annuel n’est donc pas quelque chose de trivial ou d’anodin. Les artistes connus et inconnus y vont en espérant y puiser l’inspiration ou récolter la gloire. Des musiciens du monde entier font aussi le déplacement, notamment le groupe américain Beirut qui y a trouvé l’inspiration pour sa chanson Gulag Orkestar.

La ville de Guča est le centre névralgique où perdure cette tradition grâce aux talents des musiciens mais aussi grâce à un festival convivial et joyeux. Que la fête commence.

Thomas Desai

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