Serbie et République tchèque : une amitié politique et économique

Les 1er et 2 Avril, l’actuel président de la République tchèque, Milos Zeman, était en visite à Belgrade. Plusieurs dossiers à l’agenda tchèque, avec une priorité cependant : consolider le partenariat économique.

La coopération économique et la promotion de l’implantation des industries tchèques en Serbie étaient le cœur de cette visite d’état. Néanmoins, la presse a préféré insister sur les déclarations présidentielles liées à l’adhésion de la Serbie à l’Union Européenne et au réarmement du Kosovo.

Le souhait d’une armée au Kosovo qui fait peur

Le Kosovo, qui a déclaré unilatéralement son indépendance de la Serbie en 2008,  souhaite mettre sur pied sa propre armée. Son premier ministre Hashim Thaçi a demandé à son parlement de modifier la constitution pour que la création d’une force militaire soit possible. Cependant la résolution 1244 de l’ONU qui donnait l’autonomie à la région stipule l’interdiction ferme de la création d’une armée, or pour la Serbie qui n’a pas reconnu l’indépendance du Kosovo, la résolution  de l’ONU est toujours en vigueur. La cour constitutionnelle kosovare a donné un avis positif à la proposition de Thaçi, argumentant que cette proposition de l’exécutif n’attaquait pas les droits et les libertés garanties dans le deuxième chapitre de la constitution.  Si Thaçi souhaite donner plus de pouvoir aux futures forces armées du Kosovo, selon la Déclaration du Ministre des Forces de Sécurité du Kosovo Agin Çeku, leur but sera de « protéger la souveraineté, l’intégrité territoriale, le peuple, la propriété et les intérêts de la république du Kosovo ». Le gouvernent kosovar a donc voté début mars à une large majorité la proposition de création d’une KAF (Kosovo Armed Force). Elle serait composée de 5000 actifs et 3000 réservistes. Le chef du gouvernement souhaite avec cela, changer le nom du ministère de la sécurité en ministère de la défense.

La Serbie ainsi que la République tchèque sont plus que réticents. Milos Zeman a déclaré que le « Kosovo est un Etat très étrange »  et a précisé que la mise sur pied de cette force militaire « reviendrait à armer de nouveau les membres de l’ancienne Armée de libération du Kosovo (UÇK) ». L’UÇK est une organisation paramilitaire albanophone, qui a combattu pour l’indépendance du Kosovo à la fin des années 1990.

Le président Nikolic se dit satisfait de la compréhension qu’a son homologue tchèque. Cependant la République Tchèque a été l’un des premiers pays européen à reconnaître le Kosovo. Par ailleurs, elle soutient fortement l’adhésion de la Serbie à  l’UE, adhésion qui sera conditionnée à la normalisation des relations entre la Serbie et le Kosovo et que Milos Zeman espère « voir de son vivant ». Sans compter son large soutien économique.

Le but officiel de la visite : une coopération économique

Lors de sa visite, Milos Zeman était suivi de 50 représentants de compagnies tchèques. Un grand forum des affaires s’est tenu à la chambre de commerce de Belgrade où les thèmes principaux abordés étaient liés à l’énergie, la construction et l’informatique. En effet, une coopération de plus en plus étroite entre les deux pays est en train de se dessiner. Depuis 2005, ce sont 30 millions d’investissements tchèques qui ont alimenté l’économie serbe. «La Serbie se range parmi les plus grandes priorités politiques et économiques de la République tchèque et est parmi les douze pays avec lesquels elle a établi la coopération économique continue », a déclaré le président tchèque. Un accord a été trouvé pour l’accélération de la construction du corridor 11 de Belgrade à Zrenjanin. Il existe actuellement 10 corridors de transports multimodaux définis lors de la seconde conférences paneuropéenne des transports en Crète en mars 1994. Ces corridors relient les villes d’Europe centrale et orientale à l’Ouest. Le corridor 11 reliera l’Allemagne à la Turquie, en passant par l’Autriche, la Slovénie, la Croatie, la Serbie et la Bulgarie. De plus, il a été question de la reconstruction du chemin de fer Nis-Dimitrovgrad, de la construction d’une centrale électrique en Serbie et de la revitalisation de la mine « Stavlj ». « La Serbie est au sommet des priorités politiques et économiques tchèques et l’échange de marchandises est en hausse », a déclaré Zeljko Sertic, président de la Chambre de commerce de Serbie.

Paolo Zanicchi

 

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Art graphique sur les monuments communistes – le Vox populi de la jeunesse bulgare

« Bas les mains de l’Ukraine ! » un graffiti rose fluo réveille en cette aube du 2 mars le monument à l’armée soviétique de Sofia. La jeunesse bulgare a adopté une nouvelle manière d’exprimer son opinion, publiquement, à travers la coloration des monuments hérités de l’époque communiste.

En novembre 2014, la Bulgarie entamera sa vingt-quatrième année de transition. Contrairement au graffiti, le bilan n’est rose : division sociale forte, appauvrissement persistant, politique oligarchique, corruption, manque de transparence pendant les scrutins. Deux millions de Bulgares ont choisi de quitter leur patrie ces vingt dernières années.

Depuis avril 2013, la contestation a pris de l’ampleur et les Bulgares descendent dans la rue. Pourtant, malgré une centaine de jours de manifestations, le pouvoir reste sourd.

Face à une telle impasse, les jeunes manifestants ont entrepris une approche différente pour être entendus –créative et en même temps anonyme. Les monuments communistes au centre-ville de la capitale sont transformés en vraies œuvres d’art, avec des slogans sur l’actualité ou en caricaturant des statues des soldats de l’armée rouge en personnages typique du monde capitaliste. Les artistes restent toujours anonymes et dessinent pendant la nuit, ce qui rend leur identification quasi-impossible.

Crédit photo : Wikipedia/CC/Ignat Ignev

Crédit photo : Wikipedia/CC/Ignat Ignev

Le dernier maquillage de monument a eu lieu le 2 mars, à propos de la situation tendue en Ukraine et de ses échos dans la société bulgare. Les graffeurs ont habillé un des soldats du monument des couleurs du drapeau ukrainien, accompagné du message « Gloire à l’Ukraine ». Cet acte n’a pas resté inaperçu du Kremlin et le ministère des affaires étrangères bulgare a reçu une note de la part de ses collègues russes, critiquant les dessins et en demandant au gouvernement bulgare d’agir contre ce type de vandalisme. Face à la forte critique de la part de la Russie, le monument a été repeint dans ses couleurs originales, mais quelques semaines après, les statues des soldats de l’armée rouge se sont réveillés, munis d’un message encore plus provocateur, réclamant l’unité du territoire ukrainien. Un des messages originaux du monument, insistant sur la gloire et la majesté de l’armée rouge,« libératrice et frère de la nation bulgare », s’est retrouvé barré en rouge par les artistes anonymes.

Gloire à l'Ukraine Crédit photo : Wikipedia/CC/Vassia Atanassova - Spiritia

Gloire à l’Ukraine
Crédit photo : Wikipedia/CC/Vassia Atanassova – Spiritia

Unité pour l'Ukraine Crédit photo : Wikipedia/CC/Luchesar V. ILIEV

Unité pour l’Ukraine
Crédit photo : Wikipedia/CC/Luchesar V. ILIEV

Une population bienveillante

Les Bulgares restent divisés sur ce phénomène. Les artistes sont qualifiés de « hippies » ou de « rebelles » bulgares, mais sans être condamnés puisque leurs actes expriment une opinion répandue dans la société. De plus, beaucoup de Bulgares jugent ces monuments inesthétiques, mal entretenus et sans charme, attirant seulement les marginaux. Certains ont même demandé qu’ils soient détruits. D’autres y voient le témoignage de l’histoire du pays, qui parfois nourrit la nostalgie, surtout chez les personnes âgées. Pour eux, l’appropriation des monuments par les contestataires est un acte de vandalisme extrême.

L’autre voix du pays

Bulharsko se omlouva, la Bulgarie s'excuse Crédit photo : Wikipedia/CC/Ignat Ignev

Bulharsko se omlouva, la Bulgarie s’excuse
Crédit photo : Wikipedia/CC/Ignat Ignev

Les slogans sur les monuments soulignent souvent les questions qui agitent le pays et lui servent de conscience. Pour preuve, le message « La Bulgarie s’excuse », paru sur le monument le jour de la quarante-cinquième commémoration du printemps de Prague en août 2013. Les auteurs, inconnus, ont présenté leurs excuses pour la participation des soldats bulgares dans l’intervention miliaire en Tchécoslovaquie. Ce que l’Etat bulgare n’a jamais fait officiellement. De nombreux sites internet ukrainiens ont remercié les graffeurs pour le soutien moral des Bulgares qui ne restent pas insensibles aux événements de Crimée, prouvant la portée de cette contestation colorée et pacifique.

Alexander Atanasov