Le Printemps normand aux couleurs balkaniques

Du premier au 15 avril 2014, depuis quatorze ans, le festival « Printemps Balkanique » fait se rencontrer artistes normands et balkaniques et secoue les Caennais.

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Beaux quartiers de Caen : deux enfants chantent Moja mala nema mane à tue-tête, une chanson traditionnelle serbe, tout en brandissant des drapeaux « soleils », aux couleurs de la Macédoine : mieux que l’arrivée des beaux jours, en Basse Normandie c’est le « Printemps Balkanique ».

Derrière, ce festival, le projet de Laurent Porée. Après un voyage en Bosnie et des études aux Beaux-Arts de Caen, il a pris le pari ambitieux d’initier des partenariats artistiques entre les pays des Balkans et la Normandie, deux régions pourtant très éloignées. Personne ne croyait, il y a quatorze ans, à la longévité d’un festival qui mettait à l’honneur une région méconnue, voire mal-aimée de l’Europe.

Pourtant, à chaque édition, le festival a rencontré un grand succès. Cette année, contrairement aux éditions précédentes, ce n’est pas seulement un pays des Balkans qui est mis à l’honneur, mais la région tout entière : une synthèse des « liens tissés pendant les éditions précédentes du festival », comme il est expliqué sur le site du festival, Balkan Transit. Le printemps balkanique réunit donc cette année des artistes venus d’horizons variés : transcendant leurs différences, ils seront tous présents dans un festival pensé comme un « concert de voix balkaniques », dans une édition où Sarajevo, 100 ans après sa triste notoriété pendant la 1ère guerre mondiale, sera mise  à l’honneur.

Détruire les stéréotypes

Si le festival a été organisé en premier lieu, c’est que Laurent Porée ressentait un besoin de témoigner, de partager l’actualité balkanique peu connue des Européens occidentaux. Le public semble beaucoup apprécier cette démarche : le festival, briseur de stéréotypes, amène un regard neuf sur une région qui inspire un « sentiment d’étrangeté » comme l’expliquait l’écrivain Paul Garde dans son livre sur les Balkans.

Au travers d’échanges, et de partenariats entre des bibliothèques ou des musées, les deux régions apprennent à se connaitre mutuellement : c’est par exemple en observant un plasticien roumain de talent que  le public normand peut outrepasser les idées reçues, qui circulent notamment au travers de la problématique des Roms en France.

Se détacher du passé et de la sphère politique

« Désormais, nous découvrons les Balkans non pas via des évènements dramatiques rapportés dans les médias ou par les politiciens locaux, mais directement via des rencontres avec des citoyens de cette région, qui font découvrir les richesses culturelles de leurs pays », explique Laurent Porée. L’information ne se situe plus dans la rubrique « International » des médias, ni dans les livres d’Histoire, mais bien dans les histoires que, entres autres, serbes, croates et bosniens nous racontent. Alors qu’il a pu parfois sentir  la réticence des politiciens sollicités pour le festival – expliquant qu’ils « ne sont pas les Balkans » –, les citoyens répondent avec enthousiasme et se mobilisent massivement pour représenter leurs pays et leurs cultures : qu’elle soit spécifique à leurs pays, ou commune.

Les artistes présents au Printemps Balkanique proviennent de la génération « d’après la chute du mur » : encore jeunes pendant les derniers conflits balkaniques, ils expriment un « ras-le-bol » général envers le fardeau historique de la région – ils sentent le besoin d’aller de l’avant et de créer une  nouvelle histoire, leur histoire. La tendance, pendant ce festival, est donc à la valorisation d’une culture balkanique commune, permettant de dépasser les différences et stigmates du passé.

Un incubateur pour une future  identité européenne ?

Avec l’entrée de la Slovénie et la Croatie dans l’Union Européenne, et la candidature de la Serbie, du Monténégro et de la Macédoine, la question européenne est tout naturellement apparue au sein du festival. Pour l’organisateur, cet événement peut « pousser les citoyens à amalgamer les petites histoires locales, autant de pierres apportées à la construction de la grande histoire européenne » : c’est en  dialoguant, en se rencontrant, en se confrontant et en apprenant à se respecter que l’on pourra avancer vers un sentiment commun d’appartenance à une même entité. Véritable « incubateur européen », les différentes rencontres ont même donné naissance à des bébés multiculturels, de vrais petits citoyens du futur espace européen.

Laurent Porée termine cet entretien sur une note d’espoir et souhaite que le Printemps Balkanique contribue à l’entreprise de réconciliation entre les peuples des Balkans, avec comme modèle ce qui a été accompli par les 7 pays signataires du traité de Rome.

Lucile Pannetier

Le nuancier de la musique serbe

Influencée par son héritage historique et le mélange des cultures, la musique serbe aujourd’hui semble être peinte en différentes couleurs.

Souvent on a tendance à limiter la musique serbe à la musique tsigane ou au turbo-folk. Pourtant, la richesse musicale de la Serbie ne se limite pas à cela. Il existe une palette très abondante des différentes genres de musique permettant à chacun un vaste choix. En effet, comme le dit le proverbe, chaque personne voit ce qu’elle voudrait voir. La musique, en général et surtout la musique traditionnelle serbe, ethno, occupe une place très importante dans la société comme elle l’a toujours fait et notamment dans la culture traditionnelle.

Ce genre de musique n’est pas à confondre avec le turbo-folk. Le turbo-folk est en fait  relativement récent : il a été popularisé à la fin des années 1980 avec le soutien de certains médias privés créés et développés avec l’appui de régime politique de cet époque, c’est à dire avec le régime de Slobodan Milosevic, dans un but populiste.

De l’autre côté, la musique traditionnelle joue un rôle important dans la propagation et la  transmission de la culture et la tradition. Elle se distingue par les sons et instruments, caractéristiques des régions différentes de pays, comme par exemple Šumadija, Voïvodine, Podrinje ou encore Podunavlje. Les instruments principaux utilisés sont la flûte, la cornemuse, le tambour,  la trompette, la violon et d’autres. L’interprétation vocale est aussi très importante. Aujourd’hui, il existe dans le monde de la musique ethno, un nombre considérable d’artistes célèbres, comme Biljana Krstić et Bistrik Orchestre, Braća Teofilovići (les frères Teofilović), Bora Dugić, Slobodan Trkulja, Jelena Tomašević, Balkanika et tant d’autres.

Des créations musicales enracinées dans la tradition

Bilja Krstić, artiste très connue de la musique ethno serbe dont les concerts à travers le monde sont connus pour leurs originalités, explique : « Quand vous parlez à l’étranger de la Serbie et des Balkans, les gens se réfèrent généralement à la musique de la trompette. Je n’ai rien contre, mais on se réjouit toujours lorsqu’on a la possibilité de présenter quelque chose d’autre qui s’appelle tradition. Nous souhaitons montrer à quel point ce que nous avons est beau et particulier, comme l’une des plus belles mélodies » Bilja Krstić réussit aisément à rapprocher la musique traditionnelle à l’époque contemporaine.

Le fondateur et le compositeur de groupe musicale Balkanika, Sanja Ilić, parvient également à développer une tonalité authentique fondée sur la richesse de sons et des rythmes traditionnels très différents. En effet, ce sont ces sons qui sont facilement reconnaissables grâce à leur particularité, qui lui a permis d’atteindre un grand succès en Serbie comme dans le monde. En s’appuyant sur les instruments folkloriques, il crée une fusion entre la musique ethno et des notes symphoniques. Tous ces artistes montrent que la tradition ne craint pas la modernité.

Rada Petrović

July morning – rock et esprits libres autour de la mer Noire

Quel est le point commun entre l’aube du premier juillet, du chanteur John Lawton et les rivages de la mer Noire. La réponse est : « July morning »,une fête pacifique qui célèbre la musique et la douceur de vivre !

July Morning avec Lawton

July Morning sur une plage de Kamen Bryag avec John Lawton

July morning fait partie d’une tradition assez récente en Bulgarie. La première fois, Джулая a eu lieu à Varna en 1986. Le mouvement s’est développé pendant le communisme, alors que le fait d’admirer les tendances occidentales représentait de vraies luttes et révoltes contre le système. Le July morning à cette époque était l’occasion d’échanges d’idées, de conversations dans une ambiance joyeuse sur la plage. Rassemblés autour d’un feu, faisant des lectures littéraires et discussions, les adhérents de July morning y créent une atmosphère festive, enrichie par les sons de la mer et du rock. L’idée de cette fête vient d’un mouvement considéré comme hippie. Les fondateurs du July morning sont un groupe de jeunes personnes décidées à faire une sorte de protestation paisible. En ayant assez du système communiste et de toutes les interdictions qu’il impose à la société, ces jeunes Bulgares commencent à se rassembler chaque année pour attendre ensemble les premiers rayons du soleil juilletiste. Le réveil du soleil entre le 30 juin et le 1 juillet a une signification symbolique, il représente l’espérance d’un nouveau début et d’un meilleur avenir

Le nom de la fête

Aujourd’hui plusieurs événements sont organisés pour célébrer July morning. Une personnalité internationale y participant assez régulièrement est John Lawton, le vocaliste d’Uriah Heep, groupe britannique assez connu pendant les années 1970 et 1980. En effet, le nom de la fête a des origines assez intéressantes : July morning est le nom d’un morceau rock des années 1970 d’Uriah Heep. Cette chanson est l’un des hits du groupe de l’album « Look at yourself » de 1971. John Lawton, après avoir compris que son tube était devenu comme l’hymne de cet évènement, est venu plusieurs fois à Kamen Bryag (un village au bord de la mer Noire), pour chanter en vrai le maître-mot de la fête « hippie ».

July morning aujourd’hui

Ces dix dernières années, plusieurs concerts ont été organisés au bord de la mer, par exemple à Kamen Bryag, à Bourgas, ou encore à Varna. Cette année, un festival aura lieu à Sozopl musical à cette occasion. Le public aura la possibilité d’écouter pendant 48 heures des Dj comme des groupes de rock bulgares. Le 29 juin, le festival va débuter avec la bande de Brooklin Tortured Soul de style soul, dance et house. Le July Morning de cette année sera un cru exceptionnel !
Ces dernières décennies, le festival devient de plus en plus populaire. Le bord de mer ne suffit plus et des concerts sont organisés aussi sur des collines des villages ou le long des grandes rivières. Dans les grandes villes, ceux qui ne peuvent pas se déplacer pour la fête, sympathisants, peuvent attendre le réveil du soleil sur une terrasse orientée à l’est. Avec la démocratisation du pays, l’idée de la fête a évoluée en Bulgarie. Actuellement, le’’ July’’ est la fête préférée des jeunes qui ont envie d’aller au bord de la mer pour écouter du vrai rock et  faire des connaissances avec d’autres jeunes gardant l’esprit originel de 1986. Mais avant tout, July morning représente une occasion d’échapper à la civilisation et au chaos du quotidien.

Gergana Kiskinova

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