Jelena Karleuša, bimbo ma non troppo

Immense. Une cascade blonde peroxyde déferle sur une chute de reins made in bistouri. Pommettes botox et vulgarité assumée, Jelena Karleuša, 34 ans, impératrice du turbo folk, n’en finit pas de bousculer la société serbe.

Très active sur son compte twitter, la chanteuse se décrit comme « chroniqueuse, activiste pour les droits de l’homme, athée et démocrate ». Une ovni… Elle a fait ses armes en même temps que Ceca Ražnatović, sa grande rivale. Surfant sur la vague du turbofolk qui se développe pendant les années de guerre, elle perce en Serbie avec un premier album Ogledalce (Miroir) en 1995. Depuis, ses albums caracolent régulièrement en tête des ventes tandis que Jelena, elle, occupe tout aussi régulièrement la une de la presse à scandale.

Symbole de la femme serbe qui a réussi

« Chers vous qui me détestez, si j’étais un oiseau vous seriez les premiers sur lesquels je chierais »

« Chers vous qui me détestez, si j’étais un oiseau vous seriez les premiers sur lesquels je chierais »

Adulée jusqu’en Grèce et en Turquie, Jelena Karleuša est un manifeste du girl power balkanique à elle toute seule. blonde décolorée au corps parfait, Plastique impeccable, riche dans un pays frappé par le marasme économique, femme d’affaires qui a lancé en 2006 JK Wear, une ligne de prêt-à-porter arrogante, elle est aussi mariée à un footballeur, Duško Tošić. La grande blonde ne fait pas que chanter, elle parle aussi : « Chers vous qui me détestez, si j’étais un oiseau vous seriez les premiers sur lesquels je chierais » précise-t-elle via twitter. Et les fans en redemandent. Sa réussite s’est bâtie en partie sur son image sulfureuse.

Un premier mariage de quatre mois, une longue relation avec un parrain de la drogue abattu en 2000, des textes faisant l’apologie du sexe, de l’alcool, de la mafia et de l’argent facile, Jelena Karleuša mérite amplement son surnom de « reine des scandales ».


« Lorsque quelqu’un vient vers moi / Tu le tuerais pour moi / Tout ça pour une femme bien faite / Job de mafieux / Tu es l’homme de mes rêves / et l’argent vient de mes rêves / et même les Bentleys sont neuves »

Provocation militante

Militante, elle s’en prend violemment en 2010 aux responsables des violences pendant la Gay Pride de Belgrade. Dans une chronique intitulée « nous sommes tous des pédés » pour le tabloïd belgradois Kurir, elle écrit : « Jusqu’à quand les Serbes laisseront-ils une poignée de bouseux, de sauvages et de crétins parler en leur nom ? » Déjà lors de l’un de ses concert des hommes portant des drapeaux arc-en-ciel avaient défilé sur scène. « C’est ma façon à moi de me battre contre les préjugés dont je suis moi-même victime » explique-t-elle. Ses détracteurs parlent d’une « Hannah Arendt siliconée », le parti libéral-démocrate de Čedomir Jovanović en fait l’invitée d’honneur de l’un de ses congrès.

Elle s’attaque même à « la reine » Ceca Ražnatović, sa rivale soupçonnée d’être liée à l’assassinat du premier ministre Zoran Đinđić dont Jelena soutient les idéaux. Pour elle c’est une mission : « J’ai le devoir moral de montrer à mes jeunes fans et à mes enfants une meilleure voie. Je veux qu’ils vivent dans un pays sans violence, sans peur, qu’ils soient libres dans leurs différences. » Une fausse note pour certains, une chanson douce pour d’autres.

Marion Dautry

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La Parade – Un succès inattendu

Alors que la France défilait pour ou contre le mariage gay, La Parade, film du réalisateur serbe, Srđan Dragojević, en salles depuis janvier, plaide avec justesse et humour pour plus de tolérance dans des Balkans, généralement homophobes.


Le 16 Janvier 2013, le public français a pu découvrir Parada, l’histoire d’anciens mercenaires des guerres d’ex-Yougoslavie chargés d’organiser la sécurité de la première Gay Pride en Serbie.

Difficile, voir même dangereux, d’être ouvertement gay dans les Balkans. Impossible par exemple de se promener main dans la main avec son/sa petit(e) ami(e). En décembre dernier, une violente attaque a même empêché la tenue d’une réunion LGTB (lesbiens, gays, bisexuels et trans) au Kosovo. Les couples homosexuels vivent donc leur relation cachée du regard des autres et parfois même de leur propre famille. Les lieux de rencontres gays ou gay friendly, restent cantonnés à la culture underground des Balkans. Le maire démocrate de Belgrade, Dragan Djilas, a expliqué qu’il n’était «pas contre les relations homosexuelles tant que cela se déroulait entre quatre murs »… D’autres dirigeants sont encore plus sévères, à l’image du vice-président de la République Serbe de Bosnie-Herzégovine, Aleksandar Dzombić, qui a déclaré qu’il fallait soigner l’homosexualité « par la psychiatrie où en les isolant dans des régions qui leur seraient dédiées. » Une opinion que beaucoup partage dans la région où l’homosexualité est considérée une maladie et une honte pour la famille. En Serbie, certains parents désespérés n’hésitent pas à envoyer leurs enfants dans des monastères, comme celui de Crna Reka, dans le sud du pays, dans l’espoir d’une « guérison. »

Combat juridique

Si l’homosexualité a été dépénalisée dans les Balkans, rares sont les pays accordant une reconnaissance juridique aux couples LGTB. La Croatie reconnaît le droit au « soutien mutuel » depuis 2003 et la Slovénie un pacte d’union civile depuis 2010. Sali Berisha, le premier ministre albanais, a provoqué la surprise en juillet dernier en proposant une loi pour le mariage gay pour lutter « contre les discriminations » dans un pays à la culture très patriarcale. Le projet de loi est cependant toujours en discussion.

Changement de mentalités

Comme l’illustre la Parade, la Gay Pride, organisée en 2010 à Belgrade sous pression de l’Union européenne, a viré à l’affrontement entre les participants et 5000 hooligans, extrêmement violents qui ont eu finalement le dernier mot. En effet, en 2011 et 2012, le défilé a été interdit pour « raisons de sécurité »

Un revers de plus pour les militants LGBT qui pourtant ne baissent pas les bras. Et ce malgré le peu de soutien voire le clair désaveu auxquels ils font face dans leur pays. Ils sont d’ailleurs souvent soumis à des pressions, voire passés à tabac. L’Etat ne finance pas leurs associations dont la survie dépend en majorité des subventions de pays scandinaves ou de l’UE. Pourtant en parallèle avec leur progression européenne, l’homophobie est moindre désormais en Slovénie et en Croatie. Des personnalités aussi s’engagent dans le débat. Dans une tribune du tabloïd Kurir, la sulfureuse chanteuse, Jelena Karleusa a ainsi accusé les Serbes « de laisser une poignée de bouseux, de sauvages et de crétins de parler en leur nom » en laissant aux homophobes le haut du pavé.  Si les mentalités changent doucement, le message de La Parade est clairement d’actualité dans les Balkans. Mais pas seulement. Certains slogans scandés dans les rues de Paris récemment prouvent qu’il reste beaucoup à faire pour contrer l’homophobie.


vidéo d’Amnesty International sur la Belgrade Pride de 2010 et du mouvement de violence déclenché par les Hooligans

Marine Vigato

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