Kosovo : indemnisations pour les victimes du viol de guerre, briser le silence

Jeudi 20 mars, une loi offrant des droits aux victimes des viols commis pendant le conflit de 1999 a été adoptée par le Parlement kosovar. Retour sur la lutte qui a mené à une telle avancée dans un pays où ce sujet lié à « l’honneur » des femmes demeure tabou.

Pendant la guerre d’indépendance, les forces paramilitaires serbes ont utilisé le viol comme arme pour déstabiliser l’Armée de libération du Kosovo. Comptant sur l’effet traumatisant de ces viols pour les communautés albanaises, les femmes étaient utilisées pour porter atteinte à l’honneur des familles et briser le moral des forces ennemies.

Le nombre de ces crimes de guerre est encore à l’heure actuelle difficile à évaluer à cause du silence qui pèse sur ces événements. L’horreur de ces viols fait écho à ce qui s’est passé en Bosnie pendant la guerre de 1994, mais on a mis plus de temps avant de découvrir que cela avait aussi eu lieu au Kosovo, et ce dans les deux communautés serbes et albanaises.

Le poids de la honte : les victimes exclues de la société

Au Kosovo, les femmes sont victimes deux fois. Par la violence subie mais aussi pas le silence ensuite qui empêche de se reconstruire. La tradition d’une société albanaise reste encore très patriarcale. Le code de Leke Dukagjini, qui rassemble des préceptes de vie en société datant de la fin du Moyen-âge, prévoit que l’homme doit venger les femmes violées qui sont à sa charge pour conserver l’honneur familial. Le viol est perçu comme honteux. Certaines femmes demeureront recluses dans la maison familiale. D’autres sont exclues de leur famille et de la communauté, surtout si des enfants naissent du viol. Côté serbe, la question de l’honneur familial est moins centrale mais les victimes ont été peu accompagnées.

Des associations mènent un véritable combat pour soutenir ces femmes au quotidien. La loi, qui reconnait ces femmes comme victimes apparait comme l’aboutissement de ce militantisme. Toutefois, le texte demeure peu clair quant aux droits concrets ouverts à ces victimes. Dans l’idéal, ils devraient prendre la forme d’un support psychologique, social et financier, selon les militants pour la défense des droits des femmes.

Chloé Fiancette

Bon baiser de Mostar

La photo d’un jeune couple de Mostar, lui serbe et elle croate, a créé un véritable buzz il y a quelques jours. Plus qu’un simple baiser, cette image a été interprétée comme un symbole de réconciliation entre deux communautés pourtant toujours divisées à Mostar.

Uroš Ranđelović, 17 ans, et Antonija Kolobarić, 16 ans

Uroš Ranđelović, 17 ans, et Antonija Kolobarić, 16 ans

Uroš et Antonija s’embrassent, amoureusement enlacés dans leurs drapeaux respectifs. Cette photo, publiée le 9 mars sur le réseau social Reddit par un ami du couple, a rapidement été relayée dans le monde entier. Uroš Ranđelović, 17 ans, est Serbe et Antonija Kolobarić, 16 ans, est Croate. Le cliché a été pris lors d’un défilé à Mostar célébrant les cinquante ans des United World Colleges dans le monde. Les élèves, qui défilent en portant leurs drapeaux, sont de nationalités différentes. Le couple marche en se tenant la main… Une vieille dame demande alors à Antonija « comment elle fait pour marcher à côté d’un Serbe ». La jeune fille choisit de lui répondre en embrassant son petit ami.

Une image choc pour une ville divisée

Après ce baiser devenu mondial, les deux jeunes ont refusé de s’exprimer dans la presse. Leurs parents, eux, pensent qu’ils ont déjà été suffisamment exposés par cette image. Si les symboles appelant à la réconciliation ont beau se multiplier ces derniers temps, l’amour assumé d’un Serbe et d’une Croate risque encore d’en choquer plus d’un à Mostar. Parmi les Bosniaques vivant sur la rive droite de la Neretva et les Croates sur la rive gauche, il y a ceux qui se mélangent, et les autres qui ne traversent pas le pont, symbole de la séparation. Les groupes nationalistes croates et bosniaques espèrent toujours être plus fort que le fleuve et réussir à scinder définitivement la ville en deux.

L’espoir de la réconciliation par la jeunesse

Dans les écoles ordinaires de Mostar, Croates et Bosniaques étudient dans des classes séparées et apprennent avec des livres différents. A côté l’United World College de Mostar est un ovni : son bâtiment orange flambant neuf accueille des étudiants de 40 nationalités différentes. Réseau international, les écoles UWC considèrent l’éducation comme une force pour unir les cultures et promouvoir la paix. A Mostar, les activités des élèves ont pour but d’atténuer la division de la société. Difficile d’évaluer l’impact réel, mais reste que le geste d’ Uroš et Antonia a surtout touché les jeunes. Pour leur ami qui a publié la photo, «ce n’est pas grand-chose, juste un couple exprimant leur amour, mais pour nous, ici, à Mostar, cela montre que la nouvelle génération est prête à oublier la guerre». Que le pont soit reconstruit n’est qu’un symbole, en revanche, l’éducation des nouvelles générations dans la tolérance créé un réel espoir.

Elise Villegas

Vukovar contre l’usage officiel de l’alphabet cyrillique

En vertu d’une loi constitutionnelle adoptée en 2002 par le Parlement croate Vukovar, ville à proximité de la frontière avec la Serbie, doit désormais utiliser l’alphabet cyrillique. Les vétérans de « la guerre de libération » sont loin d’accepter cette décision.

Le gouvernement social–démocrate de Zagreb veut installer des panneaux bilingues en alphabet latin, utilisé par les Croates, et en alphabet cyrillique, utilisé par les Serbes. Cette décision qui entre en vigueur en février 2013, ne va concerner qu’une vingtaine de municipalités (notamment Vukovar), où les Serbes de souche représentent au moins un tiers de la population.

Cette mesure, censée respecter les droits des Serbes, est directement liée avec l’entrée de la Croatie dans l’Union Européenne le 1er juillet 2013 puisque la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires garantit le libre usage des langues des minorités nationales.

Le bilinguisme a déjà été appliqué dans certaines villes croates. Ainsi en Istrie, le croate et l’italien sont officiellement utilisés. Pourtant l’usage de l’alphabet cyrillique s’avère beaucoup plus polémique.

« On s’est battu pour Vukovar, et pas pour Вуковар»

Vukovar, la « ville-héros » dans la mémoire croate, a été complètement ravagée par les bombardements serbes pendant la guerre de 1991-1995. Plus de 200 habitants ont été tués ou ont dû fuir la ville. Le 2 février, plus de 20 000 manifestants (majoritairement des nationalistes et des vétérans) venus de partout en Croatie ont manifesté à Vukovar. Les associations d’anciens combattants ont exigé un moratoire sur la décision gouvernementale car le passé continue à jouer un rôle primordial dans les Balkans.

Dans la Yougoslavie socialiste, les alphabets latin et cyrillique avaient les mêmes droits au sein d’une langue unique, le serbo-croate. Avec l’éclatement de la Yougoslavie la langue est devenue un des facteurs principaux de la définition des nations, permettant aux pays de marquer leur unicité et de prendre du recul par rapport au passé yougoslave. Dans la Croatie indépendante seul l’alphabet latin a un statut officiel. L’opposition des Croates à l’alphabet cyrillique montre bien que les relations entre communautés serbes et croates demeurent tendues alors que la mémoire du passé douloureux reste fraîche, même 20 ans après la fin de la guerre.

Anita Maklakova