Dans les Balkans la musique ne connaît pas de frontière

Severina+live++Kombank+Arena+kaLe 30 Mars dernier, Severina, la célèbre chanteuse croate, était à Belgrade pour donner un concert à la Kombank Arena, une des plus grandes salle d’Europe, devant près de 20 000 fans. La musique dans les Balkans a su franchir les nouvelles frontières.

Malgré les conflits et les guerres, la musique est un élément fédérateur dans les Balkans. En effet, malgré les tensions, la barrière de la langue n’existe presque pas dans les Balkans. Les textes peuvent donc être compris et connus par tous. Par ailleurs, les paroles sont particulièrement simples et les thématiques sont détachées des conflits qui ont ensanglanté la région. Malgré quelques touches de nationalisme, la plupart des chansons de turbo-folk ou de pop ne racontent finalement que de simples histoires d’amour qui permettent à tous de s’identifier.

De plus, les chanteuses de turbo folk telles que Ceca (Serbe) ou Severina (Croate) représentent l’idéal féminin de nombreuses jeunes filles de la région. Elles sont en outre l’archétype du sex symbol pour les hommes. Elles sont belles, riches, indépendantes et arborent une féminité exacerbé. Elles représentent ainsi un certains modèle de réussite dans la région.

Nouvel espoir de rapprochement

Bien que ces chanteuses aient souvent un passé sulfureux – Ceca a été mariée à un criminel de guerre et condamnée pour détournement de fonds et Severina a tournée dans une vidéo sexy en 2004 – elles réussissent à fédérer l’ensemble des Balkans autour d’elles.

Ainsi, lors de l’anniversaire de Ceca, en 2003, plus de 20 000 personnes s’étaient données rendez-vous devant sa prison afin de demander sa libération. Plus tragiquement, la mort du chanteur macédonien Toše Proeski en 2007 dans un accident de voiture a été pleurée aux quatre coins des Balkans.

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Ces chanteurs s’imposent involontairement comme des figures de réconciliation. En effet, Severina est désormais mariée à un millionnaire serbe et Toše Proeski était engagé dans de nombreuses missions humanitaires. Si la musique adoucit les mœurs, elle apaise et réunit certainement les Balkans.

Marine Vigato

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Les années 90 : débauche musicale ?

Avec la montée des nationalismes et les bouleversements socio-économiques, de nouveaux sons musicaux remplacent les groupes rock yougoslaves. Ces nouveaux genres viennent  conter les nouveaux travers et problèmes d’une société yougoslave divisée. Ces styles musicaux sont très largement critiqués pour leur manque de raffinement mais connaissent de vraies success stories. Ces fameux « déviants » sont le turbo folk et le Diesel Power.

Après le folk, voici le Turbo Folk !

Sous Tito, la musique folk fut fortement réduite car, selon le maréchal, celle-ci était embarrassante. Cependant, sous l’impulsion des nationalismes, le son folk connait une vraie renaissance. Pour certains, Milosevic aurait été un des principaux moteurs de cette musique en voulant absolument favoriser ces paroles et chanteurs nationalistes. En effet, les chanteurs sont dès lors catégorisés selon une nationalité unique, et leurs chansons ont souvent une connotation patriotique, dissimulée sous des paroles pleines d’amours et de cœurs brisés. Pour les jeunes, le turbo folk devient une échappatoire qui permet de s’exiler des conflits et des tensions. Encore aujourd’hui, ce sont les sons turbo folk qui bercent les soirées en discothèque et les grands évènements familiaux.

Ceca – Beograd

Mariée à Zeljko Raznatovic, ou Arkan, le chef d’une des plus grandes forces paramilitaires pendant les guerres yougoslaves ainsi que fameux criminel en tout genre, Ceca vient bercer les aventures et le club de football belgradois de son homme. A ses côtés, et grâce à ses fonds et ses réseaux, elle devient très vite l’une des chanteuses les plus connues du Turbo folk. Elle chante majoritairement des chansons d’amour, et surtout de tragédies amoureuses. La chanson « Beograd », qui est encore une chanson à l’eau de rose, est pour une majorité de jeunes une chanson presque patriotique dédiée à Belgrade.

Lepa Brena – Ja nemam drugi dom


Née dans une famille musulmane dans une ville en BiH, Fahreta Jahic se présente à ses débuts comme yougoslave. Elle présente notamment en 1989,  sa chanson« Jugoslovenka » – La Yougoslave. Néanmoins, en 1994, elle chante « Ja nemam drugi dom » dont les paroles sont : « Je n’ai pas d’autre maison, que celle dans ton cœur ». Beaucoup moins politisée, Lepa Brena est alors mariée à un serbe, vit et a donné naissance à son premier fils en Serbie.

Halid Beslic – Grade moj

Ce chanteur bosniaque, alors chanteur de chansons d’amour, dédie en 1993 un album presque entier à Sarajevo, avec des chansons comme « je me prépare pour la Bosnie » ou « Enfants bosniaques ». Dans, Grade moj – « Ma ville », les paroles parlent d’elles-mêmes : « Ma ville vais-je te revoir, Je ne veux pas mourir à l’étranger ».

Andrea Sekularac