« COUNTER-STRIKE » à Srebrenica

Des joueurs du célèbre jeu vidéo ligne « Counter Strike »  ont crée une zone de combat virtuel situé dans le lieu où le génocide s’est déroulé, provoquant une indignation unanime dans les Balkans.

Srebrenica '95 sur Facebook

Les souvenirs amers du massacre bosniaque a Srebrenica, pendant lequel les forces serbes ont assassiné  en quelques jours des milliers civils Musulmans de Bosnie en juillet 1995, ont été ravivés par le populaire jeu de guerre en ligne Counter-Strike (contre-attaque), très apprécié dans les Balkans. Un groupe de joueurs a décidé récemment de créer sa propre zone de combat imaginaire, tirée du lieu où le génocide s’est déroulé.

Les joueurs de ce jeu populaire se sont associés dans un groupe appelé « Srebrenica 95 »  et ont présenté leur projet sur Facebook. Sur le réseau social, des jeunes joueurs de Bosnie-Herzégovine, de Serbie, de Croatie et d’autres pays de la région ont pu échanger leurs expériences et se vanter de leurs succès dans le jeu.

« La honte », réagit la population balkanique

Cette zone de combat virtuelle localisée sur le lieu du plus grand massacre de l’histoire européenne depuis la Seconde Guerre mondiale a suscité une vague  d’indignation dans les pays de l’ex-Yougoslavie. L’existence du groupe de joueurs a été aussi remarquée par un site d’information en ligne croate  qui a dénoncé cette initiative comme « dégoûtante » et « honteuse », ainsi que par d’autres médias dans la région. Ceux-ci ont invité leurs lecteurs  à informer immédiatement les administrateurs sur les réseaux sociaux du contenu dangereux du groupe (lien en anglais). Peu de temps après, le groupe a été supprimé de Facebook (lien en anglais) et les sites créés par les joueurs ont été mis hors-ligne.

Même si le jeu n’a montré explicitement  aucune  indication ou référence au génocide mené par le commandant Ratko Mladić, il a néanmoins suscité une émotions très fortes parmi la population. Les événements tragiques de l’été 1995 restent après moins de vingt ans un sujet très sensible dans les pays de l’ex-Yougoslavie.

 Le massacre de Srebrenica ou « le génocide »

Ce massacre a fortement choqué le monde entier car  Srebrenica était l’une des six « zones de sécurité » protégées par les Nation Unies. Sur une superficie d’environ cent-cinquante kilomètres carrés vivaient environ quarante-cinq mille personnes dont la sécurité était assurée par une troupe de casques bleus néerlandaise, qui n’a pas su remplir sa mission. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a reconnu les événements de Srebrenica comme un « génocide » et  plusieurs dirigeants serbes et serbes de Bosnie ont été condamnés.

En avril 2013,  le Président serbe Tomislav Nikolić a présenté ses excuses pour le massacre, pendant lequel plus de huit mille musulmans sont morts,  en majorité des garçons et  des hommes de 13 à 63 ans. Cependant, le Président a évité de la désigner par le terme de « génocide ». « Je m’agenouille devant vous sur mes genoux et je vous prie de pardonner la Serbie pour le massacre des musulmans à Srebrenica en Juillet 1995 », a-t-il déclaré. Selon lui, le fait que les soldats serbes aient vraiment commis un génocide n’a pas encore été prouvé.

Huyen Le Thi

A lire sur Café Balkans : Génocide de Srebrenica : une vérité qui reste à dire (18/03/2012)

EFIL Volunteer Summer Summit (VSS) le tournesol rayonne en Bosnie-Herzégovine cet été

250 bénévoles de tous les pays d’Europe sont attendus en Bosnie-Herzégovine cet été à l’occasion des Rencontres interculturelles annuelles de la Fédération européenne d’apprentissage interculturel (EFIL). Les équipes d’organisation travaillent beaucoup afin de réaliser cet événement dont le sujet est « Le dialogue interreligieux et l’apprentissage de la diversité ».

L’équipe de préparation du VSS 2014 dans le Parc national  « Sutjeska »en Bosnie-Herzégovine

L’équipe de préparation du VSS 2014 dans le Parc national « Sutjeska »en Bosnie-Herzégovine Photo : D.R.

Les premières réunions de l’équipe de préparation ont débuté en janvier en Bosnie-Herzégovine. Le froid bosniaque, la période des vacances et les problèmes de liaison aérienne avec l’aéroport de Sarajevo n’ont eu aucune influence sur leur motivation. L’équipe de préparation de huit personnes, dont deux bosniennes, a travaillé pendant trois jours sur l’organisation. Leur séjour dans la nature pure de Bosnie-Herzégovine du parc national « Sutjeska » où se tiendront les Rencontres 2014 a passionné les membres de l’équipe qui viennent de Belgique, d’Islande, du Danemark et d’Allemagne. Ils ont visité l’endroit et l’environnement afin de vérifier les conditions pour la réalisation de VSS 2014. L’équipe de préparation qui travaille sur l’organisation est épaulée par l’équipe de soutien, regroupant quinze membres de six pays : Bosnie-Herzégovine, Croatie, Serbie, Slovénie, Portugal et Danemark. Leur entraînement est prévu à la fin de mois d’avril toujours dans le parc national « Sutjeska».

le Parc national « Sutjeska »

le Parc national « Sutjeska » Photo : D.R.

Après le Danemark, l’histoire de VSS continue en Bosnie-Herzégovine

Le projet d’EFIL a débuté en France en 2008 et a pour ensuite se poursuivre en Turquie, au Portugal, en Lettonie et au Danemark. L’année dernière, le sommet de bénévoles s’est déroulé à Ranum, au Danemark. Les six jeunes bénévoles, représentant la Bosnie-Herzégovine, ont reçu le tournesol, le symbole international de VSS. L’échange de tournesols est tradition de VSS. Après la Bosnie, il sera aussi remis à un autre pays organisateur du VSS 2015. Le nom de celui-ci est un secret qui sera révélé le dernier jour du VSS 2014.

Les bénévoles de Bosnie-Herzégovine à Ranum, Danemark, VSS 2013

Les bénévoles de Bosnie-Herzégovine à Ranum, Danemark, VSS 2013 Photo : D.R.

Le dialogue interreligieux et l’apprentissage de la diversité

Cette année, le séminaire sera concentré sur le dialogue interreligieux et l’apprentissage de la diversité. Les meilleurs entraîneurs d’apprentissage interculturel du monde AFS vont y participer. Les jours de VSS sont animés par de nombreuses activités sportives ainsi que d’autres programmes interculturels. Les dernières journées sont consacrées au projet communautaire avec un objectif qui contribue à la société dans laquelle le VSS a lieu.

L’amour AFS et VSS regroupe les jeunes chaque année dans les pays différents

La fédération d’apprentissage interculturel (EFIL) collabore avec l’AFS (American Field Service) pour offrir aux jeunes entre 15 et 18 ans de partir à l’étranger et de vivre une expérience interculturelle dans environ 110 pays du monde. Ces associations reposent sur le volontariat et regroupent plus de 42.000 bénévoles dans le monde. Généralement, les étudiants après l’échange continuent de contribuer au développement d’AFS « par plaisir» en tant que bénévoles et déclarent que : « (l’engagement) AFS est pour toute la vie ». Sans passer par l’échange, on peut bien sûr rejoindre le réseau de bénévoles. Le VSS est forcément une opportunité de se rencontrer à nouveau après l’échange, de faire des nouvelles connaissances avec des gens qui ont vécu l’expérience similaire dans un autre pays et d’échanger les idées. Une richesse qui continuera à s’accumuler en Bosnie-Herzégovine cet été.

Nataša Filipović

Sarajevo, été 1914

L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en 1914 est l’un des déclencheurs de la Grande guerre. Cette année 2014, année de commémoration, est l’occasion de faire le point sur l’héritage de cet événement.

Assassinat de François-Ferdinand (1914) – dessin d'un illustrateur de journaux autrichien anonyme

Assassinat de François-Ferdinand (1914) – dessin d’un illustrateur de journaux autrichien anonyme

28 juin 1914. En visite à Sarajevo, le cortège impérial vient d’être la cible d’une tentative d’assassinat. Nedeljko Čabrinović lance sa bombe mais rate sa cible. Certains témoins pro-empire diront que c’est l’archiduc lui-même qui a, héroïquement, dévié l’engin. Les autres conjurés renoncent alors à leur projet.

Mais le sort s’acharne sur les Habsbourg, famille dominant un empire multiséculaire et qui a annexé cette Bosnie-Herzégovine ottomane en 1908. Le général de Sarajevo, Oskar Potiorek, à son insu, change le cours de l’histoire. Il fait arrêter la voiture de l’archiduc lorsque le chauffeur, non-germanophone, se trompe de trajet. Le convoi est immobilisé à hauteur de Gavrilo Princip, un jeune serbe de Bosnie. Celui-ci tente sa chance : deux tirs, chacun touchant une artère vitale du couple impérial. La duchesse Sophie meurt sur le coup ; son mari, un quart d’heure plus tard. C’est le début de la chute de la maison des Habsbourg.

Une opportunité pour la Serbie

Cent ans après le déclenchement de la guerre, la lecture de cet événement historique fait toujours débat. Pour la Serbie, par exemple, la cause première est l’hégémonie austro-hongroise. C’est cette domination qui aurait poussé le très jeune Gavrilo Princip à agir, six ans après l’annexion de la Bosnie. Le 12 octobre 1914 face au président du tribunal, l’allemand Aloïs von Curinaldi, le jeune homme se défend ainsi : « Je ne suis pas un criminel, car j’ai supprimé un homme malfaisant. J’ai pensé bien faire ».  La version officielle du gouvernement serbe d’après guerre affirme la présence d’une menace austro-hongroise, comme le développe, dans son livre, Stanoj Stanojevic, professeur à l’université de Belgrade. Les autorités mettent cet acte sur le compte d’un mouvement indépendantiste : la Crna Ruka, « Main noire » en français. Le chef de l’état-major Dimitrijević, aussi leader de cette société, aurait eu connaissance d’une rencontre germano-autrichienne prévoyant une intervention militaire en Serbie. Belgrade avait cependant fait prévenir les autorités autrichiennes par son ambassadeur de la préparation d’un attentat contre François-Ferdinand. Sans que Vienne n’en tienne compte.

La date de l’assassinat n’est pas anodine non plus pour le nationalisme serbe. Le 28 juin est non seulement la date d’anniversaire de mariage de l’archiduc et sa femme, mais surtout, c’est le jour de la défaite de Kosovo Polje, le jour de Vidovdan ou la Saint Guy. Cette bataille de 1389 vit la défaite des Serbes contre les Ottomans et est fondatrice de l’identité serbe.

Une culpabilité européenne

Aujourd’hui, 100 ans après ce drame qui mena à une guerre sanglante – environ 9 millions de morts à travers le monde, le drame de Sarajevo laisse encore un goût amer. Héros pour les uns, irresponsable terroriste pour les autres, Gavrilo Princip ne porte pas la responsabilité de la guerre dans un monde du début du siècle, régi par l’influence des empires et le jeu des alliances. La difficulté d’un consensus dans l’organisation des commémorations du centenaire montre que le travail de mémoire est long.

Barbara Charvot