Božić ou Noël dans les Balkans

Le réveillon du 24 décembre, la bûche, la messe de minuit et la découverte des cadeaux sous l’arbre de Noël le lendemain matin… Dans les Balkans, cette célébration de la tradition chrétienne se fête autrement et puise ses racines dans le paganisme.

Un prêtre orthodoxe serbe met le feu au Badnjak pour les célébrations de Noël à la cathédrale de Sainte Sava à Belgrade. Crédits photos : Wikipedia/CC/Lazar

Un prêtre orthodoxe serbe met le feu au Badnjak pour les célébrations de Noël à la cathédrale de Sainte Sava à Belgrade.
Crédits photos : Wikipedia/CC/Lazar

Dans les pays majoritairement orthodoxes, les fêtes suivent aussi le calendrier julien, Noël est donc célébré le 7 janvier. Les traditions varient aussi de pays en pays et ne sont pas les mêmes à la campagne et à la ville. Le 6 janvier, jour le plus important, s’appelle Badnji Dan (le jour des branches). Le matin, tout le monde se lève tôt pour partir chercher le « badnjak », une branche de chêne sec, le seul arbre qui ne perd pas ses feuilles en hiver. A la campagne, c’est dans les forêts que le père coupe un petit tronc de chêne avec une hache. Les enfants en arrachent des petites branches qui portent encore des feuilles. Trois ou quatre badnji sont ensuite déposés devant la maison. Les gens passent toute la journée avec leur famille et l’on commence à préparer le repas pour le lendemain. Selon la tradition, chaque famille cuisinent un ou deux porcs. Le cochon est ainsi embroché soit sur un tronc d’arbre, soit sur une broche en fer. Grillé, il est farci de morceaux de pain. Pendant ce temps, la famille se réunit autour du foyer qu’on appelle « ognjište », pour boire de l’alcool en chantant des chansons traditionnelles. Le festin, lui doit attendre. La viande est emballée et conservée pour le lendemain matin. Le soir de Badnji Dan, la famille part à l’église la plus proche où les badnji de chaque foyer sont rassemblés. Le prêtre met le feu au bûcher ainsi constitué.  L’origine de badnjak viendrait de la naissance de Jésus, quand les bergers qui sont arrivés à Bethléem ont brûlé du bois pour réchauffer l’enfant nouveau-né. On dit aussi que les étincelles qui sortent avec la fumée apporteront du bonheur aux gens pendant toute l’année suivante.

« Hristos se rodi, vaistinu se rodi !»

Le 7 janvier au matin, tout le monde attend avec impatience la visite du « polaznik ». Cette  personne, désignée par la coutume, rend chaque année visite à la même famille et lui souhaite du bonheur en lançant des graines de seigle sur le seuil de la maison. Cette symbolique de richesse et fécondité est accompagnée par les prières du polaznik qui annonce à la famille : « Hristos se rodi », signifiant « Christ est né » et en recevant comme réponse traditionnelle : « Vaistinu se rodi » qui signifie « La vérité est née ». Il est coutumier d’offrir au polaznik, un petit cadeau symbolique.

A ce rituel s’enchaîne un déjeuner immense où l’on mange la viande de porc de la veille,  froide, accompagnée souvent de « sarma », un plat de viande hachée et de riz emballées dans une feuille de chou. Certaines familles décorent l’arbre de Noël à l’occidentale et s’offrent également les cadeaux mais ceux-ci restent des cadeaux symboliques plutôt que des cadeaux de valeur.

La galette des rois « à la balkanique »

un "pogaça" Crédits photo : Wikipedia/CC/Edal Anton Lefterov

un « pogaça »
Crédits photo : Wikipedia/CC/Edal Anton Lefterov

« Le roi c’est celui qui trouve la fève »… ou de la monnaie ! En Serbie, Bosnie et Macédoine, la tradition se ressemble beaucoup. On prépare un gâteau qu’on appellerait en France la galette des rois sauf qu’à l’intérieur ce n’est pas une fève mais de petites pièces de monnaie qu’on introduit dans la pâte avant qu’elle ne soit cuite. La tradition dit que celui qui trouve une pièce dans ce gâteau qu’on appelle « pogača » ou encore « česnica », sera heureux tout au long de l’année suivante.

En Bulgarie, une tradition de bûche quasi alchimiste

Contrairement à la coutume française, la bûche de Noël bulgare ne se mange pas – elle s’allume. Il s’agit vraiment d’un morceau de bois, chêne ou hêtre, dans lequel le chef de la famille perce un trou où on met de l’encens, du vin rouge et de l’huile d’olive et ensuite on le couvre de cire d’abeille et on l’allume. Après ce rituel d’alchimiste, la famille observe avec soin les étincelles qui s’en dégagent. S’il y en a beaucoup, l’année sera féconde. La bûche doit ensuite rester allumée toute la nuit pour chasser les mauvais esprits.

Les traditions des pays balkaniques, de même que leurs appellations trouvent souvent des origines communes, souvent païennes dans leurs manifestations. Dans les Balkans, Noël reste un moment de paix et de joie que l’on partage avec ses plus proches.

Zuzana Slabáková

Solidarité face aux inondations meurtrières

Des inondations sans précédent ont frappé ces jours derniers la Serbie, la Bosnie-Herzégovine et la Croatie. A ce jour, plus d’un million de personnes sont sinistrées. Plus de quarante personnes sont mortes. Les autres ont perdu tout ce qui constituaient leur vie : leurs villes et villages, leurs foyers, leurs animaux et jusqu’aux paysages qui étaient les leurs. Aujourd’hui, l’eau menace notamment les centrales électriques. La région risque d’être privée massivement d’ électricité comme certaines zones le sont déjà d’eau potable.

Si les médias internationaux ont tardé à s’intéresser à l’événement, l’aide internationale est intervenue plutôt rapidement, moins vite cependant que la solidarité immédiate, totale et sans conditions des autres pays de la région.

Parmi les rédacteurs de CaféBalkans de ces trois dernières années, certains viennent des pays touchés par les inondations. Nos pensées vont vers eux et leurs proches, mais aussi vers leurs peuples, tous bouleversés et désemparés face à l’ampleur de la catastrophe. Malgré le chaos et la frayeur, nombreux sont les héros anonymes qui se sont révélés ces derniers jours, n’économisant ni leurs forces, ni leur courage.

Ces pays qui nous sont chers ont besoin d’aide. Ils ont besoin d’aide maintenant, bien sûr, mais plus encore ils auront besoin d’aide dans quelques mois, dans un an, quand les objectifs des caméras ne seront plus braqués sur eux, mais qu’il faudra encore reconstruire et réparer.

Aidons-les à sortir la tête de l’eau.

Gaëlle Pério Valero, rédactrice en chef

Nouveau Code Pénal en Bulgarie : l’échec d’une pseudo tentative de réforme

Le 22 mars 2014, les Bulgares sont une nouvelle fois descendus dans les rues afin d’exprimer leur mécontentement. Après avoir manifesté sans relâche l’an dernier contre le pouvoir politique en place, le pays s’oppose aujourd’hui à un projet de réforme du code pénal, en vigueur depuis 1968.

Rassemblés derrière le réseau « Réveille le changement à Sofia », le groupe de contestataires brandissait énergiquement des panneaux où on pouvait lire « Qui décide ? » ou encore « Arrêtons l’avancée d’un nouveau régime totalitaire. Non au nouveau code pénal ! ». Il y avait moins de participants qu’en février, mars, mai, ainsi que tout au long de l’été 2013, le peuple étant lassé de voir ses revendications ignorées. « Un nouveau projet de réforme ? Ils en font un par jour », déclare un jeune étudiant de Varna dans un haussement d’épaules, déplorant l’absence d’actions concrètes. Si les précédentes protestations dénonçaient la forte corruption et l’inefficacité des gouvernements successifs, « il s’agissait ici de se mobiliser contre la limitation de droits et libertés essentiels du citoyen », raconte Ivo Mikhailov, militant anti-nouveau code pénal.

L’esquisse d’un changement

Au terme de trois ans de rédaction, le projet a été adopté par le gouvernement le 15 janvier, a déclaré la vice-Premier Ministre et Ministre de la Justice Zinaida Zlatanova. Justifié par les nouvelles conditions politiques et sociales de la Bulgarie, il s’inscrit dans la volonté plus large de réforme judiciaire du pays. Parmi les nouvelles mesures, on retient notamment des précisions nécessaires sur les modalités d’arrestation d’un criminel, permettant d’agir plus rapidement, ainsi qu’un nouveau système de peines : certaines s’y voient réduites, tandis que la sanction de « prison à perpétuité sans droit de liberté conditionnelle » y est supprimée. Dans le prolongement des modifications apportées en 2005 en vue de l’entrée de la Bulgarie dans l’Union Européenne, ce nouveau code pénal se veut en meilleure adéquation avec le droit européen et international : un nouvel aspect lié au terrorisme et à son financement y est introduit, ainsi que des sanctions relatives à divers trafics non-reconnus jusqu’ici (prélèvement d’organes et de cellules, commerce d’enfants).

« Laissez-nous nos libertés ! »

En dépit de ces dispositions, les critiques fusent, et pour cause : selon le militant Valeri Kirov, le nouveau code pénal, au lieu d’être plus libéral, deviendrait plus « totalitaire », et traduirait une tentative de l’Etat d’accroître son pouvoir sur le citoyen. En effet, le droit de grève y est abrogé, les pouvoirs publics pourraient saisir tout bien privé considéré comme illégalement acquis, et certaines peines renforcées semblent excessives : à titre d’exemple, une cigarette de marijuana consommée entraînerait un à six ans d’emprisonnement. Il n’y aurait donc plus de distinction entre la consommation de marijuana et la détention d’un kilo de cocaïne ou d’héroïne, cet amalgame provoquant l’incompréhension générale et posant de sérieuses questions quant au risque de corruption dans la police et de pratiques contradictoires dans les tribunaux.

La réprobation de l’appareil judiciaire

Si les individus dénoncent ces incohérences, ils sont fortement soutenus par certaines instances judiciaires : le Tribunal Suprême de Cassation a exprimé des critiques acérées, considérant le projet comme littéralement insensé et infondé. Les magistrats dénoncent d’une part un problème majeur de définitions, qui rendrait plusieurs sanctions soit inapplicables, soit trop peu délimitées. Les mesures prises sont plus généralement jugées insuffisantes ou mal ciblées : les imprécisions et points obscurs que le texte contient permettraient notamment à la police d’outrepasser ses droits dans divers cas de délits ou de crimes. Peu de dispositions sont prévues sur le trafic humain, et, plus grave encore, plus aucune mention n’est faite sur « l’achat » ou la « vente » de voix, portant directement atteinte aux droits de votes des citoyens. Enfin, le nouveau code pénal irait à l’encontre des directives communautaires sur certains points comme le blanchiment d’argent. Le projet est actuellement toujours sujet à un vif débat ; le peuple bulgare, las, reste, quant à lui, aujourd’hui encore dans l’attente de réelles réformes de fond, indispensables dans le pays le plus pauvre de l’Union Européenne.

Salomé Will