Adhésion du Monténégro à l’OTAN : avancement d’un projet controversé

Si le pays d’environ 600 000 habitants voit ses chances de rejoindre l’Alliance transatlantique s’accroître, sa candidature ne fait pas tout à fait l’unanimité, ni au Monténégro, ni au sein de l’OTAN.

Visite du Premier ministre du Monténégro à l'OTAN Crédits photo : nato.int

Visite du Premier ministre du Monténégro à l’OTAN
Crédits photo : nato.int

Après l’adhésion de l’Albanie et de la Croatie, le Monténégro pourrait bien devenir le prochain membre de l’OTAN. Au lendemain de son indépendance en 2006, le pays a déposé immédiatement sa candidature. Depuis, il a réalisé de considérables progrès qui en font aujourd’hui un favori dans la course au titre de 29ème membre de l’Organisation. Le Secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a salué les réformes internes entreprises ainsi que le rôle de stabilisateur joué dans la région et l’aide monténégrine prodiguée aux missions de l’Alliance : « Pour nous, votre avenir est dans la famille euro-atlantique, et nous sommes déterminés à vous aider à y entrer », a-t-il déclaré. Il a toutefois appelé à une poursuite des efforts face aux défis qui restent à relever : renforcement de l’Etat de droit, lutte contre la corruption et la criminalité organisée, recherche des ressources nécessaires à la modernisation des forces armées.

Un contexte délicat

Cependant, la discussion autour de l’élargissement de l’OTAN reste un « sujet brûlant ». Malgré le succès de la « politique de la porte ouverte » et les nombreux soutiens exprimés en faveur du Monténégro, une nouvelle adhésion, dans le contexte actuel, risquerait d’envenimer les relations tendues entre l’OTAN et la Russie, qui voit l’élargissement à l’Est comme une « menace ». Steffen Seibert, porte parole allemand, aurait également émis des réticences à l’extension de l’Alliance, démenties néanmoins par la suite par Pius Fischer, Ambassadeur de la République fédérale allemande au Monténégro, tandis que président des Etats-Unis, Barack Obama, a affirmé que « l’OTAN ne veut prendre pour le moment aucun membre supplémentaire ».

Entre enjeu politique et enjeu historique

La question divise également au sein de la population monténégrine. Le gouvernement monténégrin, soutenu par l’OTAN, a mis en place une large campagne de sensibilisation de l’opinion publique. Nebojša Kaluđerović, représentant permanent du Monténégro à l’OTAN, souligne l’importance du dialogue public dans le processus d’adhésion. Mais si près de la moitié des Monténégrins sont aujourd’hui en faveur de l’intégration, certains s’y opposent encore formellement : le parti d’opposition socialiste (SNP) s’est dernièrement positionné contre. Un appel à la manifestation le 4 avril lui a fait écho. A son origine, une coalition d’ONGs, rassemblées sous une bannière, « Non à la guerre, non à l’OTAN », et un motif, le devoir de mémoire. Chez une large partie du peuple monténégrin comme chez les Serbes, le souvenir douloureux de la campagne aérienne de bombardement de la Serbie par l’OTAN en 1999 reste gravé dans les esprits. « Nous montrerons que les Monténégrins respectent et n’oublient pas les victimes de l’OTAN. Nous n’accepterons pas de la rejoindre », ont proclamé les organisateurs du rassemblement.

L’adhésion reste néanmoins une priorité pour le gouvernement de Milo Đukanović, qui espère rejoindre l’Alliance lors de son prochain sommet au pays de Galles, en septembre 2014.

Salomé Will