Liberté de la presse : la censure serbe

Vingt ans après la chute du régime de Milošević, la Serbie doit toujours faire face aux limites de la liberté d’expression et de la presse. La censure menace le travail des journalistes qui sont régulièrement victimes de menaces et d’intimidations. Les tentatives de réforme de la presse semblent toutes couler à pic. Plusieurs organisations internationales dénoncent les difficultés des médias dans le pays, en proie à une nouvelle forme de contrôle.

Jugoslav Vlahovic (Serbie): 11e Concours de dessin pour la liberté de la presse, 2011

Jugoslav Vlahovic (Serbie): 11e Concours de dessin pour la liberté de la presse, 2011

L’histoire de la presse serbe est une histoire compliquée. Pendant les années 1990, après le déclin du monopole des médias de l’ancien gouvernement titiste, Slobodan Milošević a institué un nouveau système du contrôle et de manipulation de la presse baptisé « Slobovizija » ( une compilation de nom « Slobodan »et de la télévision serbe, « televizija »). Ce système était caractérisé par ls contrôle du gouvernement de Milošević de tous les textes et débouchés de la presse serbe. De plus, Milošević a encouragé la diffusion des parutions de média privés, mais sous son contrôle, dans le but de briser le développement d’une alternative concurrente aux médias publics et particulièrement de la télévision nationale publique (Radio-Televizija Srbije). Après la chute du régime de Milošević en 2000, la presse serbe a connu une nouvelle « renaissance », obtenue par le soutien du nouveau gouvernement du premier ministre Koštunica.

Nouveaux modèles, anciennes habitudes

En Serbie, où la transition vers la démocratie s’est effectuée très lentement, la modernisation de la liberté d’expression est toujours lente et inachevée. Le gouvernement post-Milošević n’a pas été capable de remodeler le système de la presse et de mettre en place de nouvelles réformes structurelles pour créer une sphère médiatique plus démocratique, transparente, et pluraliste. Le mécanisme d’influence politique sur la presse persiste, sous une forme différente.

Violences et intimidations, les journalistes serbes sous pression

La Journée des journalistes de Serbie a été organisée pour la première fois le 27 mars 1791, à l’occasion du lancement du premier journal en langue serbe, ’’Le Journal quotidien serbe’’. Le 27 mars 2014, les journalistes de Serbie ont souligné l’importance de prêter attention aux « multiples pressions » sur les médias de Serbie. Selon eux, l’autocensure paralyse le développement d’une presse plus démocratique. Les craintes augmentent parmi les journalistes.  Depuis 1991, 39 journalistes ont été assassinés en Serbie. Le 27 mars, une conférence de journalistes à Belgrade,  dénonçait : « Qui, quoi, où, quand, comment ? l’impunité pour les crimes contre les journalistes ». Les participants ont lancé un appel pour que « les autorités serbes protègent les journalistes contre les pressions, menaces et violences ». En 2013, il y a eu 23 attaques contre les journalistes et trois autres journalistes serbes sont actuellement placés sous protection policière. Il s’agit de Veran Matić, fondateur et directeur de B92 TV, de Brankica Stanković, responsable de l’émission de journalisme d’investigation de B92 TV «Insajder » et Vladimir Mitrić, correspondant de Večernije Novosti.

Une « censure soft »

Une nouvelle forme de la censure s’est installée en Serbie, muselant la libertédes médias. Elle profite de « lopacité des flux financiers, subventions de l’État et dépenses publicitaires qui se transforment en instrument de pression politique, » dénonce l’Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d’Information (WAN-IFRA) dans l’une des ses publications. D’après ce rapport, l’influence de l’État sur les médias est de constamment renforcée par les subventions publiques. Ces actions de l’État sont invisibles et indirectes, et constitue une « censure soft » : les médias, sans apport financier de l’État, peuvent être asphyxiés. Le rapport dénonce également un financement des médias irrégulier, opaque et non contrôlé, ainsi que la trop grande par de  l’État : « de 23 à 40% des parts de tout le marché publicitaire serbe ». Sans ambiguïté et en écho aux déclarations des journalistes serbes, l’association souligne la nécessité de prendre des mesures immédiates pour, enfin, préserver les droits de la presse.

Monika Vavríková

À lire également sur Café Balkans : Le bruit du silence, ou la liberté d’expression à la balkanique (23/04/2013)

Advertisements