Les élections législatives en Serbie : Aleksandar Vučić, l’avènement d’un nouveau leader

Les élections législatives anticipées se sont déroulées le 16 mars dernier en Serbie. Elles ont permis au parti conservateur d’obtenir la majorité absolue. Cela donne à son chef Aleksandar Vučić, homme au passé douteux, une marge de manœuvres non négligeable dans une Serbie aux aspirations européennes et à l’économie fragile.

Alexandre Vucic Crédit photo : Wikimedia Commons/CC/Wikiwind

Alexandre Vucic
Crédit photo : Wikimedia Commons/CC/Wikiwind

Les résultats des élections pour désigner les députés de l’Assemblée Nationale serbe ont atteint dimanche un score historique. Le Parti Serbe du progrès (SNS) a décroché près de 50% des voix. Cela équivaut à 158 sièges sur 250 dans le Parlement monocaméral, soit près de 2/3 des sièges. Les raisons de cette victoire écrasante sont une forte abstention (53% de la population) et la faiblesse des autres partis. Notamment le parti démocrate, jadis très fort mais scindé en deux depuis 2012, qui n’a atteint que 6% des voix. La campagne électorale fortement populiste de Alexandre Vučić, a joué indéniablement un très grand rôle. Elle a mené Florian Bieber, directeur du Centre pour les Etudes européennes du Sud-Est à déplorer fin février que « les élections à venir en Serbie étaient inutiles » (lien en anglais).

Le nouvel homme fort

Le leader du SNS est un chef très charismatique. La population est sensible à ses promesses de réformes dans le secteur public et de lutte contre la corruption. « Mon but est que le peuple de Serbie vive mieux » scande-t-il. Dans un pays avec 20% de chômage, Vučić représente un espoir. « C’est une personne que tout le monde aime » affirme Ogjnen Mirković, étudiant en 3ème année à l’université de droit de Belgrade. En effet, dès le début de la campagne, l’homme politique se montre proche du peuple, sauvant par exemple un jeune enfant bloqué sur l’autoroute. Le sauvetage, retransmis à la télévision nationale, est un exemple de ce que la société civile appelle une dérive vers un nouveau type de culte de la personnalité.  Alexandre Vučić, a en outre la confiance des institutions internationales. Il est l’interlocuteur des institutions européennes pour le processus d’adhésion,  ainsi que du FMI pour les projets  de réforme économique.

Le sauvetage d’un enfant par Aleksandar Vucic retransmis à la télévision serbe

Un parcours en demi-teinte

Premier ministre depuis 2012 dans un gouvernement de coalition, le bilan politique de l’an dernier pour Vučić, est très positif. Accord de normalisation avec le Kosovo, début du processus d’adhésion à l’Union Européenne (lien en anglais), nombreuses arrestations d’hommes d’affaires corrompus ; le chef du SNS a permis d’améliorer grandement la vision de la Serbie. Les élections législatives anticipées avaient pour but, selon Vučić, d’atteindre une « stabilité politique » qui permettrait de mener à bien les réformes structurelles nécessaires.

Mais qui est réellement Vučić ? Il y a 7 ans encore, il était membre du parti radical ultranationaliste et un farouche adversaire de l’Union européenne. Il se disait partisan d’une Grande Serbie, tenant parfois des propos racistes contre les musulmans de Bosnie. Ses opposants affirment que l’euro optimisme qu’il montre dorénavant n’est qu’une couverture pour garder le pouvoir. Enfin, l’appel aux élections anticipées du SNS, alors qu’au sein du gouvernement de coalition le parti possédait une majorité stable, soulève des doutes sur ses réelles motivations.

Alice Woda