La crise en Ukraine agite la stabilité des Balkans

Les tensions entre communautés en Ukraine rappellent des souvenirs amers dans les Balkans. Chaque pays réagit différemment aux évènements selon son histoire récente. Petit tour d’horizon.

Manifestation à Kyiv le 1er décembre 2013 Crédit photo : Flickr/CC/Nessa Gnatoush

Manifestation à Kyiv le 1er décembre 2013
Crédit photo : Flickr/CC/Nessa Gnatoush

Depuis novembre 2012, l’Ukraine est secouée par des manifestations pro-européennes. Le 22 février, le président Ianoukovytch a été destitué. Le nouveau gouvernement n’est pas reconnu par la Russie. Ce grand voisin provoque et attise même un mouvement d’indépendance en Crimée, région d’Ukraine peuplée en majorité de Russes et ancienne province russe.

Le soutien de la Serbie

Le 3 mars dernier, une manifestation pro-russe a eu lieu à Belgrade. Le soutien serbe au rattachement de la Crimée à la Russie, s’explique par la similitude de ce combat avec celui mené par Belgrade pour le Kosovo. L’analogie entre les deux conflits va loin : l’arbitrage de l’Occident est largement dénoncé. En effet, c’est la Communauté internationale, en particulier les Etats-Unis et des Etats membres de l’Union européenne, qui ont forcé le retrait des forces serbes du Kosovo en 1999. Quinze ans après, l’OTAN s’implique en Crimée sans l’accord des Nations-Unies, impossible à cause du veto de la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité. La déclaration d’indépendance de la Crimée, adoptée à Sébastopol le 11 mars, fait, de plus, explicitement référence au Kosovo.

En Bosnie-Herzégovine, le président de la République Srpska, Milorad Dodik, reconnaît que le référendum en Crimée pourrait être un « modèle » pour son entité, une des trois composants le pays. Mais, paradoxalement, il réaffirme que l’indépendance du Kosovo, quant à elle, n’était pas légitime. Selon lui, les situations sont différentes car il n’y a pas eu de référendum au Kosovo et qu’en Ukraine, la population russe a été victime de discriminations de la part de Kiev. Le droit des minorités n’aurait pas été respecté. D’ailleurs, le russe n’est, entre autre, plus considéré comme langue officielle depuis le 24 février dernier.

La peur de l’Albanie

Dans les autres pays balkaniques, le soutien se porte plutôt vers le mouvement ukrainien pro-européen Euromaïdan. Au Kosovo, les Kosovars albanais s’identifient dans le même combat pour la liberté contre l’opprimant. A Sarajevo, parmi les Bosniaques, le parallèle est fait avec l’occupation de la Bosnie au moment de la guerre, justifiée par la protection des Serbes.

Certains parlementaires albanais s’inquiètent de l’expansion russe, acteur important de la région, qui  pourrait briser la paix et la stabilité relatives des Balkans. « Cela pourrait avoir des conséquences dans les Balkans car c’est clair que la Serbie pourrait changer son approche dans le nouveau contexte si l’expansion russe continue », a déclaré Ben Blushi, député socialiste.

Barbara Charvot