Serbie et Croatie : la question du génocide discutée devant la Cour Internationale de Justice

La Croatie et la Serbie sont entendues par la Cour Internationale de Justice pendant deux mois. Ces auditions ont pour but de discerner si un génocide a été commis au début des années 1990 dans ces pays, et le cas échéant, d’en définir les responsables.

Depuis le 3 mars, la Cour Internationale de Justice a commencé à entendre la Croatie et la Serbie dans le cadre du règlement du conflit qui les oppose. En effet, les deux pays s’accusent mutuellement de génocide. C’est en 1999 que la Croatie a annoncé qu’elle poursuivait la Serbie devant  la Cour Internationale de Justice. La Serbie a, elle, attaqué la Croatie devant la Cour en 2010.

Des événements gravés dans les mémoires

Ces accusations de génocide font référence à des événements ayant eu lieu dans les années 1990. Alors que la guerre fait rage  en Bosnie-Herzégovine, un conflit éclate entre la Croatie et la Serbie. Au début des années 1990, la Croatie souhaite déclarer son indépendance, ce qui effraie les Serbes y vivant, qui créent la République Serbe de Krajina. En 1991, ils prennent donc le contrôle d’un tiers du pays, soutenus par l’armée yougoslave.

Face à cette offensive serbe, de nombreux Croates se voient dans l’obligation de fuir. Puis, lorsque les Croates arrivent à initier un mouvement inverse et marchent sur les Serbes, ces derniers doivent à leur tour fuir la région. Ce conflit a provoqué des déplacements de populations qui fuyaient les massacres perpétrés par les deux camps. Les violences ont été très importantes au cours de ce conflit qui a duré de 1991 à 1995 et ce sont donc ces massacres ethniques qui ont poussé la Croatie et la Serbie vers les tribunaux.

Une issue incertaine au conflit

Face à ce conflit, des leaders politiques serbes et croates cherchent à réduire les tensions et demandent à ce que ce qui est arrivé reste dans le passé et ne soit pas remis au cœur du débat comme c’est le cas aujourd’hui. D’autres figures politiques cherchent à apaiser la situation. Ainsi, à la fin du mois de février, le vice premier ministre serbe Aleksandar Vučić et la ministre des affaires étrangères croate Vesna Pusić ont donné une conférence de presse dans laquelle ils expliquaient leur volonté d’apaisement autour de ce conflit.

Cet apaisement semble néanmoins difficile, et dépendra de l’issue du jugement de la Cour Internationale de Justice. En 2012, par exemple, l’acquittement de Ante Gotovina, le général ayant dirigé les forces croates dans l’opération « Tempête » avait provoqué la colère de la Serbie. Seul le massacre de Srebrenica a reçu en 2007 la qualification de génocide. La Cour pourrait se contenter de qualifier ce qui s’est passé d’actes atroces et ne satisfaire pleinement aucune des deux parties dans leurs demandes.

Olivia Camus

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