Sotchi 2014 : une histoire de famille croate

Ivica Kostelić a sauvé l’honneur de la Croatie lors de Jeux olympiques d’hiver à Sotchi en remportant la seule médaille de sa délégation. Il perpétue donc une tradition familiale commencée en 2002 avec sa sœur Janica à Salt Lake City.

Ivica Kostelic en octobre 2010 Crédit photo : www.croski.hr/CC/Fédération croate de ski

Ivica Kostelic en octobre 2010
Crédit photo : http://www.croski.hr/CC/Fédération croate de ski

14 février 2014, température extérieure : 20°C. Une chaleur exceptionnelle pour une journée de Jeux olympiques d’hiver. Mais dans le Caucase russe, cela est devenu une habitude depuis le 7 février dernier, date des premières épreuves à Sotchi. Ivica Kostelić s’élance avec 0″71 d’avance sur Sandro Viletta, détenteur du temps de référence après le slalom alors qu’il était 14e après la descente. Le Croate, quant à lui, a terminé 7e de la première manche à 0″93 du norvégien Jansrud. Loin devant les vrais slalomeurs à l’instar de l’Américain Ted Ligety (+1″93) ou le Français Alexis Pinturault (+2″44).

Sa première course a donc été correcte, une seule petite faute sur la partie plate. Le skieur était content. D’autant plus, que le slalom est sa discipline de prédilection, celle qui lui a apporté son premier titre mondial en 2003. Un autre paramètre est important : la neige. Avec la température clémente, elle est mouillée et molle mais le Croate adore.

Pourtant à l’arrivée, 51 secondes plus tard, Kostelić secoue la tête, essoufflé, sous les yeux de sa sœur Janica. L’or ne veut toujours pas de lui. Il arrive à 0″34 du Suisse en réalisant le troisième temps du slalom et décroche la médaille d’argent du combiné. C’est sa quatrième en trois olympiades consécutives, historique dans l’histoire du ski alpin. Mais ici, c’est différent. Après sa onzième opération du genou en mai 2013 et à l’âge de 34 ans, ce sont sans doute les derniers Jeux du vainqueur de la coupe du monde 2013. Néanmoins, le skieur polyvalent n’en reste pas moins craint par tous ses adversaires et respecté dans son pays.

La déception est immense pour Kostelić. L’objectif de sa seizième saison était les Jeux avant tout : « Mon but personnel est de gagner une médaille. Je pense que j’ai ma meilleure chance dans le combiné ». Mais en interview, il est lucide : « Honnêtement, je croyais au titre. Mais Sandro a sorti une manche inattendue, il a mieux skié que moi, c’est le sport ! ». Le vice-champion peut se compter sur sa sœur pour le consoler :« Ivica est le meilleur slalomeur du monde« . 

Une coutume familiale

Janica Kostelic championne du monde de Slalom à Maribor en 2001 Crédit Photo : sl.wikipédia/CC/Blazv

Janica Kostelic en 2001
Crédit Photo : sl.wikipédia/CC/Blazv

Ivica Kostelić a longtemps été dans l’ombre de sa petite sœur, Janica. Elle fut sacrée quatre fois championne olympique et cinq fois championne du monde entre 2001 et 2006. Les deux skieurs, entraînés durement par leur père Ante, dans la « montagne aux ours », qui surplombe Zagreb, ont toujours brillé lors des JO. « Les Jeux olympiques inspirent profondément ma famille. Aujourd’hui, c’est notre dixième médaille, et cela, j’en suis très fier », insiste le Croate à l’arrivée. Et le symbole est fort : l’aîné de la famille remporte cette dernière médaille douze ans jour pour jour après le premier titre de sa cadette aux Jeux Olympiques.

Cette médaille, le Croate l’a aussi gagné grâce à un homme qui se tient le long de la piste. Son père. Et pour cause, c’est Ante Kostelić qui a dû tracer le slalom après un tirage au sort. Le skieur a donc l’habitude du style paternel : tortueux et à l’ancienne, comme cela lui est souvent favorable. « Je sais que certains critiquent sa manière de tracer. C’est un peu la vieille école, souligne-t-il. Je préfère cela non pas parce que c’est mon père, mais parce que ce sont des slaloms qui vous obligent à skier avec intelligence et qui ne donnent jamais un vainqueur par accident ». Cependant, Ivica Kostelić précise : « Je dois dire que nous nous sommes entraînés sur certains combinaisons que mon père a tracées aujourd’hui mais je ne pense pas que ça a été un gros avantage car personne n’a vraiment eu de problème ici. » La stratégie paternelle a permis à la Croatie d’être le seul pays ex-yougoslaves bien représenté lors des quatre derniers Jeux olympiques hivernaux.

Barbara Charvot

Advertisements