Sarajevo, été 1914

L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en 1914 est l’un des déclencheurs de la Grande guerre. Cette année 2014, année de commémoration, est l’occasion de faire le point sur l’héritage de cet événement.

Assassinat de François-Ferdinand (1914) – dessin d'un illustrateur de journaux autrichien anonyme

Assassinat de François-Ferdinand (1914) – dessin d’un illustrateur de journaux autrichien anonyme

28 juin 1914. En visite à Sarajevo, le cortège impérial vient d’être la cible d’une tentative d’assassinat. Nedeljko Čabrinović lance sa bombe mais rate sa cible. Certains témoins pro-empire diront que c’est l’archiduc lui-même qui a, héroïquement, dévié l’engin. Les autres conjurés renoncent alors à leur projet.

Mais le sort s’acharne sur les Habsbourg, famille dominant un empire multiséculaire et qui a annexé cette Bosnie-Herzégovine ottomane en 1908. Le général de Sarajevo, Oskar Potiorek, à son insu, change le cours de l’histoire. Il fait arrêter la voiture de l’archiduc lorsque le chauffeur, non-germanophone, se trompe de trajet. Le convoi est immobilisé à hauteur de Gavrilo Princip, un jeune serbe de Bosnie. Celui-ci tente sa chance : deux tirs, chacun touchant une artère vitale du couple impérial. La duchesse Sophie meurt sur le coup ; son mari, un quart d’heure plus tard. C’est le début de la chute de la maison des Habsbourg.

Une opportunité pour la Serbie

Cent ans après le déclenchement de la guerre, la lecture de cet événement historique fait toujours débat. Pour la Serbie, par exemple, la cause première est l’hégémonie austro-hongroise. C’est cette domination qui aurait poussé le très jeune Gavrilo Princip à agir, six ans après l’annexion de la Bosnie. Le 12 octobre 1914 face au président du tribunal, l’allemand Aloïs von Curinaldi, le jeune homme se défend ainsi : « Je ne suis pas un criminel, car j’ai supprimé un homme malfaisant. J’ai pensé bien faire ».  La version officielle du gouvernement serbe d’après guerre affirme la présence d’une menace austro-hongroise, comme le développe, dans son livre, Stanoj Stanojevic, professeur à l’université de Belgrade. Les autorités mettent cet acte sur le compte d’un mouvement indépendantiste : la Crna Ruka, « Main noire » en français. Le chef de l’état-major Dimitrijević, aussi leader de cette société, aurait eu connaissance d’une rencontre germano-autrichienne prévoyant une intervention militaire en Serbie. Belgrade avait cependant fait prévenir les autorités autrichiennes par son ambassadeur de la préparation d’un attentat contre François-Ferdinand. Sans que Vienne n’en tienne compte.

La date de l’assassinat n’est pas anodine non plus pour le nationalisme serbe. Le 28 juin est non seulement la date d’anniversaire de mariage de l’archiduc et sa femme, mais surtout, c’est le jour de la défaite de Kosovo Polje, le jour de Vidovdan ou la Saint Guy. Cette bataille de 1389 vit la défaite des Serbes contre les Ottomans et est fondatrice de l’identité serbe.

Une culpabilité européenne

Aujourd’hui, 100 ans après ce drame qui mena à une guerre sanglante – environ 9 millions de morts à travers le monde, le drame de Sarajevo laisse encore un goût amer. Héros pour les uns, irresponsable terroriste pour les autres, Gavrilo Princip ne porte pas la responsabilité de la guerre dans un monde du début du siècle, régi par l’influence des empires et le jeu des alliances. La difficulté d’un consensus dans l’organisation des commémorations du centenaire montre que le travail de mémoire est long.

Barbara Charvot

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