Au revoir et adieu, Čika Mišo

Sarajevo pleure Čika Mišo, Rom du Kosovo et le dernier cireur de chaussures de la ville, mort le 6 janvier à l’âge de 83 ans.

Čika Mišo avec une touriste devant le premier McDonald de Sarajevo, le 14 août 2011 Crédit photo : Laura Maffizzoli

Čika Mišo avec une touriste devant le premier McDonald de Sarajevo, le 14 août 2011
Crédit photo : Laura Maffizzoli

Une chaise en bois, une paire de chaussure, des bougies, des fleurs et un portrait en noir et blanc. La place que Čika Mišo a occupée pendant des décennies rue Tito est devenue un lieu de recueillement. Les habitants de Sarajevo viennent y rendre un dernier hommage au symbole « indélébile » de la ville, selon les mots du maire Ivo Komsic.

Husein Hasani, plus tard surnommé Mišo par son entraîneur de boxe hongrois, a émigré du Kosovo pour la Bosnie à l’âge de 15 ans. Il a repris le travail de son père à 21 ans et est devenu le dernier cireur de chaussures de Sarajevo, connu de tous sous le nom de Čika (Oncle) Mišo. Même le siège de la ville dans les années 1990 n’a pu l’arracher à son travail. Chaque matin, il traversait la ville sous les bombes et les tirs des snipers, habillé d’un costume bien taillé et coiffé d’un chapeau. Il s’asseyait sur sa chaise, entouré de chiens errants et attendait les clients. « Pourquoi suis-je le dernier ? Parce que je suis courageux et que mes blagues font rire tout le monde » avait-il l’habitude de dire.

Symbole inamovible d’une capitale en mutation

En 60 ans, il a été témoin de tous les changements survenus dans la ville. Le premier McDonald ouvre en juillet 2011 sous ses yeux. Ce jour-là le gérant de la chaîne pour la région, Haris Ihtijarević, a promis qu’il pourrait conserver sa place car « il est une institution de notre ville ». En 2009, la municipalité décide de lui décerner la médaille de la ville, une pension de retraite et un appartement, tous frais payés. Pourtant, Čika Mišo refuse de quitter son travail. « Ce métier est entré dans mon âme. Je vais mourir sur cette chaise » dit-il un jour.

Des centaines de personnes sont venues assister à ses funérailles à Vlakovo, dans le district de Sarajevo. Parmi eux : le Général Jovan Divjak, une autre légende de Sarajevo.

Internet en émoi

L’émotion était grande sur Internet aussi. Des milliers de citoyens, ainsi que des politiciens, lui ont rendu hommage sur les réseaux sociaux.

Wish I could be in #Sarajevo to light a candle for Cika Miso. Sarajevans Mourn Their Much-Loved Shoeshiner http://t.co/I4LZMTfbyF

— Valerie Hopkins (@VALERIEin140) 9 Janvier 2014

« J’aurais aimé être là pour allumer une bougie pour Cika Miso. Les habitants de Sarajevo font le deuil de leur cireur de chaussure bien-aimé »

« Čika Mišo, » a popular shoe cleaner from #Sarajevo, has passed away & its headline news in #Bosnia. http://t.co/Up5CbgaSsH

— Jasmin Mujanović (@JasminMuj) 6 Janvier 2014

« Cika Miso, le populaire cireur de chaussures de Sarajevo, s’est éteint et fait la une des médias en Bosnie »

Une pétition a été lancée sur Facebook pour demander l’érection d’un monument à sa mémoire et a reçu plus de 5 000 signatures en un seul jour.

Marion Dautry

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