A Sarajevo, un été chaud de manifestations

Malade et âgée de trois mois, Belmina Ibrisevic est morte le 13 juin dernier, non pas faute de traitement mais faute de ne pas avoir reçu le passeport qui lui aurait permis d’être soignée en Serbie. En cause : un vide juridique, résultat des clivages parlementaires qui prive depuis cinq mois les nouveaux nés un numéro national d’immatriculation. Scandalisés, des Bosniens de toutes les communautés sont descendus manifester dans la rue.

Seka Aleksić

Seka Aleksić

Nikola Kojo

Nikola Kojo

Ce mois-ci, la Bosnie a vécu ses plus grandes manifestations depuis longtemps. Le Parlement et l’administration bosniens sous soumis au siège des manifestants rassemblés sous le nom de Jedinstveni Matični Broj Građanina (ou JMBG, le numéro national d’identité). Le mouvement démarré début juin a trouvé un soutien dans tous les Balkans, notamment de la part de personnalités telles que  le footballeur bosnien Edin Džeko, la chanteuse de turbo-folk Seka Aleksić ou encore le célèbre acteur du film la Parade, le serbe Nikola Kojo.

Les politiciens libéraux de la région comme le serbe Čedomir Jovanović ont aussi rejoint les rangs des soutiens. La mobilisation et la contestation a bel et bien dépassé les habituelles différences ethniques : serbes, croates et bosniaques défilent côte à côte pour un enjeu qui dépasse les querelles partisanes. Les partis traditionnels n’ont pas encore compris ce changement historique et restent encore bloqués sur leur position communautariste. Certains, comme le Parti démocratique serbe refusant par exemple de siéger à l’Assemblée, prétextant un mouvement antiserbe à Sarajevo.

Ras-le-bol citoyen

Les manifestants ont organisé un concert le 18 Juin devant le Parlement avec les groupes les plus populaires du pays tels que le groupe de reggae politique Dubioza Kolektiv. 10 000 personnes étaient présentes alors que le 30 juin a été déclaré comme date limite à l’adoption d’une nouvelle loi pour le JMBG. Le parlement est actuellement complètement bloqué sur ce sujet, comme sur beaucoup d’autres. En attendant, aucun nouveau-né ne peut bénéficier d’assurance-maladies ou de documents d’identités.

Les dirigeants serbes de Republika Srpska, la région autonome serbe du pays, demandent que chaque entité puisse émettre son propre numéro d’identification. Ceux de la Fédération de la Bosnie- Herzégovine privilégient une solution fédérale.

Une contestation qui fait tâche d’huile

Ces manifestations soulignent l’incapacité des dirigeants et de l’administration de Bosnie à garantir un minimum de droits et de protection à leur population, alors même que le pays fait partie des plus bureaucratiques du monde. Les querelles communautaires n’ont plus cours dans cette situation, les citoyens bosniens et leurs enfants sont les premières victimes de la paralysie des institutions et de l’absence de concessions et de bon sens de la part des forces politiques. Après la Bosnie où s’expriment avec force la frustration et l’écœurement des citoyens, la révolution des bébés paraît s’étendre désormais à la Serbie voisine.

Thomas Desai

à lire aussi sur Café Balkans : La « révolution des bébés », le réveil bosnien (28/06/2013)

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