3 communautés, 3 populations : la division ethnique n’aide pas à la reconstruction en Bosnie-Herzégovine

Dix huit ans se sont écoulés depuis la fin de la guerre de Bosnie. Grâce aux accords signés à Dayton, la paix est rétablie mais elle n’est toujours pas stable. La Bosnie Herzégovine souffre encore de sa division ethnique.

Division de la Bosnie-Herzégovine Source : CIA World Fact Book, 2004

Division de la Bosnie-Herzégovine Source : CIA World Fact Book, 2004

Aujourd’hui en Bosnie Herzégovine, les politiques menées visent toujours à renforcer l’identité nationale de chaque groupe local, considéré comme prioritaire. Cette tension ethnique affecte négativement la situation politique, économique mais aussi sociale du pays et se ressent partout : de l’élection présidentielle (où il y a une rotation des présidents élus en fonction des nationalités une fois tous les huit mois), à l’économie (volonté persistante et contre-productive de freiner « l’autre »), en passant par le système scolaire (enseignement et mode d’apprentissage différencié selon le groupe ethnique). Ces divisions sont alimentées par un contexte d’incertitudes, de peurs et de nationalisme, qui conduisent la politique du pays à l’échec, comme l’affirme Arnaud Danjean, député européen, ancien conseiller du ministère des Affaires étrangères et spécialiste des Balkans : « ce sont le Kosovo, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine, trois pays statistiquement ‘multiethniques’ mais aux communautés largement séparées, voire totalement hermétiques, qui concentrent le plus fort potentiel d’instabilité et les caractéristiques flagrantes de ‘failling states’. »

Composition ethnique de la Bosnie-Herzégovine

Composition ethnique de la Bosnie-Herzégovine

La Bosnie n’a pas besoin de ces partis politiques nationalistes qui jouent le blocage et essayent d’affaiblir le gouvernement central au profit de celui de leurs entités respectives, ni de la surveillance de la communauté internationale et ni de 14 gouvernements et 180 ministres pour 4 millions d’habitants. Le pays aurait plutôt besoin d’une direction décidée par un gouvernement uni sur des valeurs et des projets communs. Comme l’a constaté Ritza Izsák, experte de l’ONU, « il est clair qu’il est de la responsabilité du gouvernement de construire l’unité dans la diversité et d’adopter une démarche concrète à travers des relations plus positives entre les différents groupes constituant la population. »

Mais les blessures sont toujours ouvertes, car le passé du nettoyage ethnique est relativement proche. Cependant, la Bosnie Herzégovine doit se rendre compte qu’elle est face à plusieurs problèmes graves : le chômage touche 45% de la population, la protection sociale est en péril et l’économie en berne. Noyé sous la difficulté, l’intérêt pour ce pays multi-ethnique doit être de tirer profit du rassemblement des nations plutôt que d’essayer de nier l’autre. La division ethnique ne fait que dégrader la situation et l’issue de cet extrémisme, qui a déjà fait tant de victimes, n’est pas certain. Personne ne sait ni où, ni quand cela s’arrêtera.

Muge Bulus

A lire aussi : Bosnie-Herzégovine : le nationalisme fait moins recette chez les jeunes (06/02/2013)

Advertisements