Le Monténégro face aux crimes et à la corruption

Après avoir été recherché par toutes les polices du monde pour association de malfaiteurs et blanchiment d’argent, Dusko Šarić, frère du présumé baron mondial de la drogue, Darko Šarić, et son complice Jovica Lončar ont été acquittés par la Cour d’appel de Podgorica, au Monténégro.

En mai 2012, les deux hommes avaient été interpellés et été condamnés à huit et six ans de prison par le tribunal pénal de Bijelo Polje. Un verdict qui avait valu au Monténégro les félicitations des observateurs internationaux et notamment italiens qui recherchaient activement Dusko Šarić pour achat, stockage et transport de 225kg de cocaïne. Le Monténégro semblait alors avoir tourné l’une des pages de la corruption et du crime organisé, un des dossiers prioritaires auxquels le petit pays candidat à l’UE doit s’atteler pour faire progresser son objectif européen.

Néanmoins, la cour d’appel de Podogorica, ou plutôt sa présidente, Svetlana Vujanović, qui est aussi l’épouse du Président de la république Filip Vujanović, qui a signé la décision de justice, a estimé qu’au moment des faits, l’action n’avait pas été qualifiée de délit et que selon le principe de sécurité juridique, il est impossible de condamner un homme pour des actes commis à une époque où cela n’était pas répréhensible. Les deux individus étaient également accusés de blanchiment d’argent. Ils auraient injecté plus de 21 millions d’euros d’argent sale dans l’économie monténégrine. Cependant, là encore, la cour d’appel de Podgorica a annulé le jugement de première instance pour « vice de procédure ». Les deux hommes ont donc pu partir totalement libres du tribunal.

Une décision contestée

L’argent sale et blanchi aurait été investi dans des compagnies off-shore, telles que la Mat Company, qui ont contracté des dettes estimées à plus d’un million d’euros auprès de banques comme Hypo Alpe-Adria. Or selon le témoignage d’employés, ces transactions suspectes n’auraient jamais été déclarées, contrairement à ce qu’exige la loi. L’article 268 du code pénal monténégrin prévoit une peine de prison pour toutes les transactions financières impliquant une dissimulation de l’origine de l’argent. Or le parquet n’aurait que peu exploré cet aspect de l’affaire, ce qui aurait pourtant permis l’emprisonnement des deux hommes et le démembrement d’un réseau important de blanchiment d’argent qui aurait impliqué les plus grandes banques du pays.

Le Monténégro doit encore progresser pour établir un Etat de droit transparent et sans corruption. Un défi que devra relever le nouveau président de la république, élu le 7 mars, quel qu’il soit puisque les deux principaux candidats revendiquent tous deux la victoire.

Louise Touzé

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