Bulgarie : la protestation continue

Manifestations et suicides en Bulgarie

La Bulgarie est sous tension. Suicides contestataires, manifestations : le pays membre de l’Union européenne traverse une crise profonde par laquelle la population exprime son désarroi et la perte de confiance en ses élites.

Depuis plus de deux mois la population, et surtout la frange la plus pauvre, sort dans les rues manifester son mécontentement envers la hausse des prix des produits de première nécessité comme l’électricité qui a récemment augmenté, ou la nourriture et contre la corruption des élites. Mais c’est avec l’immolation par le feu de Plamen Goranov que tout s’est accéléré jusqu’à la chute du gouvernement le 20 février dernier. Dans la lignée du tchèque Jan Palach ou des protestataires du Printemps arabe, le jeune activiste voulait dénoncer par ce geste extrême l’emprise du crime organisé sur la vie politique de son pays.

L’immolation pour faire comprendre leur situation

Depuis un mois les immolations par le feu continuent, le plus souvent animées par un profond sentiment de désespoir. Désespoir pour certains de ne plus pouvoir assumer leur rôle en tant que parent ou de se sentir inutile. Cette détresse, surtout parmi les classes les plus pauvres, a longtemps été ignorée et ne trouve aujourd’hui de moyen de s’exprimer que par des actes d’une grande violence. Alerté, le ministère de la santé a lancé une campagne pour prévenir ces gestes tandis que le patriarche de l’église orthodoxe, habituellement plus réservé, enjoint les fidèles à avoir recours à des moyens de protestation plus mesurés.

Ces actes suicidaires reflètent une société en crise, où parfois travailler ne suffit pas pour subvenir à ses besoins. La population bulgare subit de plein fouet la crise économique alors qu’elle perçoit ses élites comme corrompues et liées au crime organisé qui gangrène le pays et son développement. Beaucoup d’attentes seront portées sur le nouveau gouvernement élu le 12 mai prochain lors d’élections anticipées. En attendant, un gouvernement temporaire conduit par Marin Raykov, l’ancien ambassadeur de Bulgarie en France, est en charge de l’Etat.

Robert Kukulsi