Le bruit du silence, ou une liberté d’expression à la balkanique

Commentaires bloqués sur les blogs, médias dissous ou écartés, auto-censure, journalistes menacé… La liberté d’expression est encore un exercice difficile dans les Balkans.

Quand on parle des libertés fondamentales, on ne manque jamais d’évoquer la liberté d’expression. Toutefois, ces libertés démocratiques sont loin d’être une réalité dans les pays ex-yougoslaves. Exemple en Macédoine où le 24 décembre 2012, tous les députés de l’opposition ont été brutalement évacués de l’Assemblée nationale par des services d’ordre, parce qu’ils étaient opposés au budget proposé par le VMRO-DPMNE, le parti majoritaire au pouvoir depuis sept ans. Finalement, le projet de budget 2013 a été voté uniquement par ceux qui l’avait élaboré. Avant l’expulsion des députés, les représentants des médias avaient été soigneusement évacués. Heureusement, l’évènement a été enregistré par des appareils photo amateurs et les téléphones des députés évacués. Le procédé a choqué même hors du pays et l’UE s’est dépêchée d’intervenir en insistant sur des négociations entre les deux bords grâce à la médiation du Commissaire Štefan Füle.

La démocratie remise en cause

La liberté de pensée et d’exprimer le désaccord – ce qui semble tout à fait légitime dans de véritables conditions de démocratie, ne semble pas encore à l’ordre du jour. Mais les crises politiques vont et viennent. Certains phénomènes permanents, en revanche, ne peuvent pas être réglés par une intervention étrangère. La liberté de la presse, ou dans le cas présent son absence, en est un exemple. La Macédoine s’apparente à une démocratie parlementaire uniquement par définition. Il y a presque deux ans A1, la télévision la plus populaire du pays, a été fermée et son directeur, Velija Ramkovski, a été emprisonné. Accusé d’évasion fiscale, il est encore en prison. A1 était une télévision neutre et indépendante, contrairement à beaucoup d’autres chaînes qui étaient et restent encore explicitement pro-gouvernementales. L’indépendance et la richesse du contenu de son programme ont contribué à la bonne réputation dont la chaîne s’était dotée depuis sa naissance en 1993. Curieusement, A1 est la seule chaîne a dont la fiscalité a été soumise à des examens aussi poussés.

Un enjeu régional dangereux

Les autres pays ex-yougoslaves, pourtant eux aussi proclamés « démocraties parlementaires », n’échappent pas à des problèmes similaires. Etre un journaliste d’investigation n’est pas forcément une très bonne idée dans les Balkans. L’auteur et la présentatrice de l’émission « Insajder » sur la chaine B92 en Serbie, Brankica Stankovic est sous protection policière 24/24h depuis 2009. Son émission égratigne régulièrement le gouvernement serbeDepuis toujours dans cette région, il est dangereux de penser différemment de ceux qui détiennent le pouvoir. Et même si l’on ose penser, est-il possible de s’exprimer ? Bien sûr, les pays ex-yougoslaves à l’heure actuelle sont loin du temps de ce que l’on appelait « Goli otok » : un endroit où étaient envoyés tous ceux qui n’avaient pas le même avis communiste que Tito. Le régime a changé, mais la sélection des informations et la censure de l’expression sont toujours de mise.

Tout cela est très bien caché sous le masque de la démocratie, qui existe au moins théoriquement. Mais la véritable transition de ces pays sera accomplie lorsque la liberté d’expression sera complète. Jusqu’à présent personne, à part les partenaires européens, n’a jamais cité ouvertement la liberté d’expression comme un des critères primordiaux d’un régime démocratique.

Ivana Popovska

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