Le Monténégro, terre d’accueil des maîtres de l’évasion fiscale

Le Premier Ministre du Monténégro, Milo Đukanović, a décidé d’attribuer le titre  d’ambassadeur culturel du Monténégro à Gérard Depardieu lors de leur rencontre le 8 janvier 2013. Une proposition violemment critiquée par l’opposition et les  intellectuels monténégrins. 

Venu au Monténégro pour rencontrer le producteur de son prochain film, Gérard Depardieu, célèbre acteur français et désormais citoyen russe, a reçu un accueil très chaleureux de la part des plus hautes autorités du pays, notamment du Premier ministre  Milo Đukanović. Ce dernier lui a même proposé de devenir  l’«  ambassadeur culturel » du Monténégro, une nomination spécialement créée pour cette occasion.

Cette proposition a été largement critiquée non seulement par le parti d’opposition, le Front démocratique, mais aussi par le milieu intellectuel monténégrin qui a adressé une lettre ouverte à l’Ambassadrice de France à Podgorica afin de contester la décision du Premier ministre et de soutenir la politique fiscale française. Pourtant, l’acteur lui-même ne semble pas être rebuté par cette proposition et pense d’ailleurs acquérir la citoyenneté monténégrine.

Terre d’asile pour les magnats

En effet, Depardieu a toutes les chances de compléter la liste de ses citoyennetés par celle du Monténégro, qui est d’ailleurs beaucoup plus facile à obtenir que celle de la Belgique grâce à  sa procédure très souple. Si en vertu de la loi, la citoyenneté s’acquiert normalement par la naissance sur le territoire du Monténégro ou par les origines, il existe aussi d’autres moyens.  On peut ainsi l’obtenir à condition de renoncer à sa nationalité précédente. Une question sensible entre la Serbie et le Monténégro qui n’arrivent pas à trouver un consensus sur la double citoyenneté. En outre, l’article 12 de la loi permet à des personnes susceptibles d’apporter une «  contribution exceptionnelle dans le domaine scientifique, éducatif, culturel, économique, sportif ou de n’importe quelle autre nature » d’accéder à la citoyenneté. De plus, depuis 2010 « tout ressortissant étranger décidé à investir 500.000 euros au Monténégro » peut aussi l’acquérir.

Cette conception strictement économique de la citoyenneté fait du Monténégro une « terre d’asile idéale pour les criminels de tout genre » non seulement des Balkans, mais aussi de tous les pays du monde. En effet, ces dispositions ont permis d’accorder la citoyenneté à de nombreux hommes d’affaires et hommes politiques au comportement parfois très douteux. Le cas le plus célèbre est celui de l’ancien Premier ministre thaïlandais, Thaksin Shinawatra. Condamné à deux ans de prison pour corruption dans son pays d’origine et faisant l’objet d’un mandat d’arrêt international, Thaksin Shinawatra n’a pourtant pas eu de difficultés  à obtenir le passeport monténégrin sur la base de l’article 12 de la loi sur la citoyenneté, même si sa « contribution exceptionnelle » n’est toujours pas connue.

Le Monténégro est à vendre

Cette politique visait à attirer les investissements dans l’économie monténégrine. Et elle a très vite eu des effets, notamment dans le secteur immobilier.

Ce pays petit balkanique, indépendant seulement depuis  2006, possède une nature bien gardée et dont Lord Byron déjà faisait éloge en la comparant avec « la plus belle rencontre entre terre et mer ». Pourtant les acquéreurs ne sont pas tant séduits par la beauté naturelle de la région, mais par la fiscalité foncière. En effet, les impôts sur les sociétés et sur les revenus ne sont que de 9%, soit parmi les plus faibles d’Europe. Tous ces avantages font que depuis quelques années les Russes et les Anglais achètent toutes les résidences du Monténégro.

La politique du Gouvernement visant l’investissement étranger fonctionne donc plutôt bien, mais le coût s’annonce élevé. Le Monténégro pourrait bien «  vendre tout ce qu’il possède ».

Anita Maklakova