Bon baiser de Mostar

La photo d’un jeune couple de Mostar, lui serbe et elle croate, a créé un véritable buzz il y a quelques jours. Plus qu’un simple baiser, cette image a été interprétée comme un symbole de réconciliation entre deux communautés pourtant toujours divisées à Mostar.

Uroš Ranđelović, 17 ans, et Antonija Kolobarić, 16 ans

Uroš Ranđelović, 17 ans, et Antonija Kolobarić, 16 ans

Uroš et Antonija s’embrassent, amoureusement enlacés dans leurs drapeaux respectifs. Cette photo, publiée le 9 mars sur le réseau social Reddit par un ami du couple, a rapidement été relayée dans le monde entier. Uroš Ranđelović, 17 ans, est Serbe et Antonija Kolobarić, 16 ans, est Croate. Le cliché a été pris lors d’un défilé à Mostar célébrant les cinquante ans des United World Colleges dans le monde. Les élèves, qui défilent en portant leurs drapeaux, sont de nationalités différentes. Le couple marche en se tenant la main… Une vieille dame demande alors à Antonija « comment elle fait pour marcher à côté d’un Serbe ». La jeune fille choisit de lui répondre en embrassant son petit ami.

Une image choc pour une ville divisée

Après ce baiser devenu mondial, les deux jeunes ont refusé de s’exprimer dans la presse. Leurs parents, eux, pensent qu’ils ont déjà été suffisamment exposés par cette image. Si les symboles appelant à la réconciliation ont beau se multiplier ces derniers temps, l’amour assumé d’un Serbe et d’une Croate risque encore d’en choquer plus d’un à Mostar. Parmi les Bosniaques vivant sur la rive droite de la Neretva et les Croates sur la rive gauche, il y a ceux qui se mélangent, et les autres qui ne traversent pas le pont, symbole de la séparation. Les groupes nationalistes croates et bosniaques espèrent toujours être plus fort que le fleuve et réussir à scinder définitivement la ville en deux.

L’espoir de la réconciliation par la jeunesse

Dans les écoles ordinaires de Mostar, Croates et Bosniaques étudient dans des classes séparées et apprennent avec des livres différents. A côté l’United World College de Mostar est un ovni : son bâtiment orange flambant neuf accueille des étudiants de 40 nationalités différentes. Réseau international, les écoles UWC considèrent l’éducation comme une force pour unir les cultures et promouvoir la paix. A Mostar, les activités des élèves ont pour but d’atténuer la division de la société. Difficile d’évaluer l’impact réel, mais reste que le geste d’ Uroš et Antonia a surtout touché les jeunes. Pour leur ami qui a publié la photo, «ce n’est pas grand-chose, juste un couple exprimant leur amour, mais pour nous, ici, à Mostar, cela montre que la nouvelle génération est prête à oublier la guerre». Que le pont soit reconstruit n’est qu’un symbole, en revanche, l’éducation des nouvelles générations dans la tolérance créé un réel espoir.

Elise Villegas

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