Des porte-bonheur pour fêter le printemps

Si les Japonais fêtent le printemps sous les cerisiers en fleurs, les Bulgares et les Roumains, eux,  l’accrochent au poignet par de petits bracelets rouges et blancs. Ces « martenitsa » ou « martisoare » rappellent qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. 

MartenitsaChaque premier mars, tous les Bulgares, qu’ils soient agriculteurs ou ministres, s’offrent  et arborent fièrement sur leur veste ou à leur poignet des martenitsa, bracelets tressés de fils de laine ou de soie blancs et rouges, à l’occasion de la fête de Baba Marta (Grand-Mère Mars). Le folklore bulgare associe l’image de la grand-mère Baba Marta au mois de mars car comme cette vieille femme au caractère acariâtre, l’humeur du mois de mars est changeante. Même les animaux se voient ornés de martenitsa. La coutume veut que l’amulette soit portée tout au long du mois de mars jusqu’à l’apparition des premiers signes du printemps qui peuvent se manifester par un bourgeon en fleurs ou encore par le retour d’un oiseau migrateur, traditionnellement d’une cigogne. Le petit cordon blanc et rouge doit alors être placé sous une pierre ou accroché aux branches d’un arbre.

Une longue tradition

Symbole de la joie de vivre et de l’espoir, la première martenitsa est apparue le 1er mars 681. Selon la légende, le fondateur du royaume bulgare, Khan  Asparoukh, promet à sa femme de lui envoyer un pigeon voyageur portant un fil blanc à la patte en cas de victoire contre les Byzantins. Ainsi, après une difficile mais victorieuse bataille et fidèle à sa promesse, il détache un fil de sa chemise blanche taché pourtant de quelques gouttes de sang.

Les Bulgares sont tellement attachés à la perpétuation de cette tradition qu’un des principaux quotidiens du pays, Standart, a lancé en 2012 une campagne pour l’inscription de la tradition au patrimoine mondial de l’UNESCO. « La martenitsa est une des traditions bulgares les plus authentiques. Dans le monde contemporain sans frontières la martenitsa nous rend, nous, les Bulgares, différents, uniques, intéressants. » a expliqué le rédacteur en chef.

Vendeurs de mărțișor à Chișinău en Moldavie, autre pays où la tradition est très suivie

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L’artisanat des martenitsa représente aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel stable d’environ 15 millions d’euros d’après le journal Pressa, autant dire que les petits bracelets apportent effectivement bonheur et prospérité à certains.

En Roumanie aussi

 Du côté de la Roumanie voisine, les martisoare présentent une symbolique tout aussi forte et trouvent leur origine dans l’imaginaire rural roumain. Certains affirment même que les martisoare seraient un héritage direct du peuple Dace qui peuplait l’actuelle Roumanie sous l’Antiquité. Quoiqu’il en soit, les ethnologues s’accordent à dire qu’il s’agit d’un rite païen lié aux divinités de l’agriculture et aux cycles de la germination et de la fertilité. Les paysans fêtaient le printemps en attachant des fils rouges et blancs sur les arbres ou sur les cornes des vaches, le rouge évoquant la vitalité, la passion, et le blanc, la pureté et la paix.

A partir du XXème siècle, la tradition s’étend aux zones urbaines. Sous la dictature communiste, les martisoare sont laïcisés et récupérés par la propagande. En broches en forme de fleurs ou de cœurs, ils s’affichent alors le 8 mars à l’occasion de la journée des droits des femmes pour «rendre hommage à nos camarades mères, épouses, sœurs et collègues en lutte pour leur émancipation » comme l’affirme un slogan communiste des années 50. La vente des martisoare sur les places publiques est alors l’une des seules occasions de commerce privé. Aujourd’hui, les jeunes Roumains font perdurer la tradition à leur manière. Ils expriment toute leur créativité en utilisant de nouveaux matériaux tels le verre ou les matières recyclées dans la confection des martisoare devenus de véritables accessoires de mode.

Léa Letur