Kosovo, une économie sous perfusion

Cinq ans après son indépendance, fêtée le 17 février dernier, le Kosovo doit consolider son économie pour affirmer son autonomie. Avec un chômage endémique et peu d’attractivité, le pays dépend encore du flux des capitaux étrangers.

Le Kosovo est désormais un état indépendant, mais son autonomie reste toute relative. Depuis la proclamation de son indépendance, le 17 février 2008, les avancées politiques ont été réelles : transition vers une pleine souveraineté, accords et négociations avec la Serbie… Mais le développement économique est à la traîne. Le chômage reste très élevé avec environ 45% de la population touchée. Il y a une véritable pénurie de petites entreprises et le déficit public ne cesse de croître. L’économie kosovare est encore condamnée à dépendre des aides internationales et des fonds transférés par la diaspora.

Une diaspora qui soutient l’économie

Selon les statistiques officielles, 25% de la population kosovare vit dans d’autres pays européens. C’est le cas de Marsida qui a dû fuir illégalement le Kosovo, puis l’Albanie avec sa famille en 1999. Elle avait alors huit ans. Quatorze ans plus tard, elle est devenue une étudiante française comme les autres à l’université de Reims.

Marsida entretient encore des contacts avec sa famille au Kosovo et en Albanie. Son père leur envoie de l’argent quand ils ont des difficultés, et verse une petite somme tous les mois à sa mère restée au Kosovo. Les fonds envoyés par les émigrés ne sont pas négligeables et permettent de faire vivre de nombreuses familles. En 2011, selon la Banque centrale du Kosovo, 700 millions d’euros auraient ainsi été transférés. Une aide nécessaire qui permet la survie de nombreuses familles.

L’inconcevable retour au pays

Même si le retour d’une élite intellectuelle serait utile pour soutenir le processus de formation de l’Etat et l’économie, il est difficile d’inciter les migrants à un retour au pays. S’intégrer à la société kosovare après une longue période de vie dans un autre pays n’est pas aisé, et la situation économique n’aide pas.

Pourtant Marsida se sent toujours liée à ses origines. Elle suit l’actualité de la région, garde contact avec son amie d’enfance, et, c’est essentiel pour elle, parle albanais avec ses parents. En revanche, elle ne peut imaginer retourner vivre au Kosovo: « En France j’ai tous mes amis, ma famille, mes frères et ma mère qui, elle, ne veut plus du tout y retourner car elle aime trop la France. » Avoir construit une nouvelle vie dans un autre pays après avoir dû fuir le sien rend un nouveau déracinement, dans le sens inverse cette fois, inconcevable. « Je ne pourrais pas car il y a un gros décalage entre la vie là-bas et ici. Là-bas, ils sont encore en transition », entre modernité et traditions, « et le niveau de vie n’est pas du tout le même qu’ici » ajoute-t-elle.

Une demande urgente d’investissements

Mais l’argent envoyé par la diaspora ne suffit pas à soutenir une économie. La plupart des fonds transférés au Kosovo par sa diaspora sont dépensés pour la consommation quotidienne. Le pays cherche donc à attirer des investisseurs étrangers, mais la tâche est ardue. Le gouvernement a décidé de lancer une opération séduction. Début février, il a publié une publicité dans « the Economist » et le « Financial times », afin d’encourager les investisseurs à s’engager dans un ambitieux projet de privatisation de la station de ski de Brezovica. La rénovation du site, située à la frontière avec la Macédoine, devrait coûter environ 25 millions d’euros.

Mais la bonne gestion et l’utilisation des fonds disponibles reste un défi.
Les investissements actuels touchent, par exemple, peu le secteur manufacturier alors qu’il pourrait représenter une source intéressante d’exportations. Un autre obstacle à surmonter est le haut degré de corruption qui sévit dans le pays. Le programme économique rejoint le politique, et prouve que des progrès importants dans les deux domaines sont encore nécessaires. Pour que le Kosovo puisse réellement concrétiser son indépendance.

Elise Villegas

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