Balkans, moteur, action !

Cinéma : Roumains, Bosniens et Roms sous les projecteurs.

Après la musique, la scène balkanique n’est pas en reste du côté du cinéma. Les Balkans sont en plein essor cinématographique et se sont fait reconnaitre à la 63ème Berlinale, sortant petit à petit de la seule idée que les Balkans ne seraient qu’une terre de conflits douloureux. Bien que le 7ème art balkanique n’ait pas autant de résonnance dans le monde que les films « blockbusters » hollywoodiens, il renferme tout de même une mine de films, d’acteurs et de cinéastes voulant faire ressortir leurs impressions et ressentis à travers la caméra. Les thèmes abordés le plus souvent touche à la vie de la société elle-même. Loin des imaginaires idylliques, on s’émerveille devant des histoires touchantes transmises au travers du prisme de l’objectif. Cette année, les films balkaniques ont tenu le haut de l’affiche à la Berlinale en remportant trois grand prix.

Un Roumain en haut de l’affiche

Călin Peter Netzer remportant l'ours d'or du meilleur film à Berlin

Călin Peter Netzer remportant l’ours d’or du meilleur film à Berlin

C’est un Roumain, Călin Peter Netzer, qui rafle l’ours d’or cette année, la plus haute distinction de la Berlinale. Il succède ainsi au duo italien des frères Taviani et à leur film Cesare deve morire. C’est une deuxième consécration pour la Roumanie qui avait déjà reçu les honneurs en 2007 pour le film 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristan Mungiu, Palme d’or à Canne. Călin Peter Netzer rapporte une nouvelle fois les honneurs cinématographiques à la Roumanie avec son film Child’s Pose (Pozita Copilului),  faisant la joie et la fierté de toute la communauté cinéphile de la Roumanie. Ce drame de 112 minutes raconte l’histoire d’un jeune homme nommé Barbu, fils unique et gâté, qui, roulant trop vite,  fauche au volant de sa voiture un jeune homme de condition modeste. La mère de Barbu, architecte et faisant partie de la nouvelle haute société, tente à tout prix d’étouffer l’affaire, n’hésitant pas à soudoyer police et témoins pour faire éviter une lourde condamnation à son fils. Le film expose la facette post-communiste d’un pays entre des nouveaux riches qui veulent être au-dessus des lois et une corruption présente à toutes les échelles.

La thématique Rom n’est pas écartée

Le réalisateur bosnien, Danis Tanovic, emporte quant à lui le Grand prix du jury avec son docu-fiction An Episode in the Life of an Iron Picker (Un épisode dans la vie d’un chercheur de métaux) qui met en scène pour la plupart des acteurs non professionnels roms, comme ce fut le cas pour d’autres films tel que Chat noir, chat blanc d’Emir Kusturica. Film à petit budget de seulement 17.000€, il a été tourné en quelques jours et avec de faibles moyens techniques grâce à huit techniciens et trois caméras. Au-delà de ces contraintes, Danis Tanovic a surtout été marqué par la communauté Rom elle-même, car il n’en connaissait pas grand chose, à part les voir nettoyer les voitures et mendier dans la rue. Quand il a pris contact avec eux il s’est tout de suite attaché à cette communauté à la vie difficile. Ce film se veut être un film « instinctif », pour reprendre l’expression de son réalisateur. Il n’y avait pas de scénario bien défini si ce n’est un point de départ autour du problème médical d’une mère de famille. Ils ont tourné ensuite autant qu’ils pouvaient et assemblaient les scènes du film le soir même. Tourné à vif, avec des acteurs qui jouent leur propre rôle, le film n’en a qu’une narration d’autant plus vivante. Outre ce succès,  An Episode in the Life of an Iron Picker a reçu l’Ours d’argent du meilleur acteur pour Nafiz Mujic, acteur rom qui a su prendre au cœur le jury malgré son inexpérience en tant que comédien. Le cinéma des Balkans a mérité son coup de projecteur.

Robert Kukulski