Vukovar contre l’usage officiel de l’alphabet cyrillique

En vertu d’une loi constitutionnelle adoptée en 2002 par le Parlement croate Vukovar, ville à proximité de la frontière avec la Serbie, doit désormais utiliser l’alphabet cyrillique. Les vétérans de « la guerre de libération » sont loin d’accepter cette décision.

Le gouvernement social–démocrate de Zagreb veut installer des panneaux bilingues en alphabet latin, utilisé par les Croates, et en alphabet cyrillique, utilisé par les Serbes. Cette décision qui entre en vigueur en février 2013, ne va concerner qu’une vingtaine de municipalités (notamment Vukovar), où les Serbes de souche représentent au moins un tiers de la population.

Cette mesure, censée respecter les droits des Serbes, est directement liée avec l’entrée de la Croatie dans l’Union Européenne le 1er juillet 2013 puisque la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires garantit le libre usage des langues des minorités nationales.

Le bilinguisme a déjà été appliqué dans certaines villes croates. Ainsi en Istrie, le croate et l’italien sont officiellement utilisés. Pourtant l’usage de l’alphabet cyrillique s’avère beaucoup plus polémique.

« On s’est battu pour Vukovar, et pas pour Вуковар»

Vukovar, la « ville-héros » dans la mémoire croate, a été complètement ravagée par les bombardements serbes pendant la guerre de 1991-1995. Plus de 200 habitants ont été tués ou ont dû fuir la ville. Le 2 février, plus de 20 000 manifestants (majoritairement des nationalistes et des vétérans) venus de partout en Croatie ont manifesté à Vukovar. Les associations d’anciens combattants ont exigé un moratoire sur la décision gouvernementale car le passé continue à jouer un rôle primordial dans les Balkans.

Dans la Yougoslavie socialiste, les alphabets latin et cyrillique avaient les mêmes droits au sein d’une langue unique, le serbo-croate. Avec l’éclatement de la Yougoslavie la langue est devenue un des facteurs principaux de la définition des nations, permettant aux pays de marquer leur unicité et de prendre du recul par rapport au passé yougoslave. Dans la Croatie indépendante seul l’alphabet latin a un statut officiel. L’opposition des Croates à l’alphabet cyrillique montre bien que les relations entre communautés serbes et croates demeurent tendues alors que la mémoire du passé douloureux reste fraîche, même 20 ans après la fin de la guerre.

Anita Maklakova