La deuxième dissolution yougoslave

Vingt ans après son démembrement, la Yougoslavie est gravée dans les mémoires comme une période de paix et de fraternité. En 2012, le pays des « Slaves du Sud » a connu la « dissolution » encore une fois après l’annonce de la fermeture en Serbie du parc d’attraction Yougoland.

Passer ses vacances au soleil en Italie, boire du Cokta (le coca-cola yougoslave) acheté au magasin du coin, telle était la réalité des citoyens yougoslaves qui malgré le régime communiste bénéficiaient d’une ouverture politique inconnue aux autres Etats du Bloc de l’Est. L’éducation était gratuite, résultant en une augmentation sensible du taux des personnes lettrées, et les soins médicaux étaient couverts par l’Etat. Le pays était stable, organisé autour de Tito, le leader du parti, et la société civile vivait en paix. Aujourd’hui, les Etats issus de la dislocation de la Yougoslavie sont en proie à l’instabilité économique et politique. Les ex-Yougoslaves regrettent parfois cette période et à se définissent comme « yougonostalgiques ». C’est le cas de Blasko Gabric, un homme d’affaires serbe, qui en 2004 a entrepris de « reconstituer » la Yougoslavie en construisant un parc d’attraction de quatre hectares à son image.

Une histoire qui se répète

Le parc Yougoland, situé à Subotica au nord de la Serbie, représente de facto une « petite Yougoslavie » : on peut y voir la mer Adriatique, le mont Triglav et on n’y entend que des chansons des grands musiciens de l’époque yougoslave. Le parc a été visité par le neveu de Tito lui-même comme par de nombreux visiteurs. Mais l’aventure Yougoland s’arrête en 2012, son propriétaire étant obligé de rembourser l’emprunt d’un ami pour qui il s’était porté garant. Ironie du sort quand on connait l’endettement considérable de la Yougoslavie au moment de sa chute.

La « Yougonostalgie » persistante

Le parc Yougoland n’est qu’un exemple de la forte nostalgie encore présente dans la région. C’est surtout l’époque de paix et de stabilité, en contraste avec les dix années de guerre qui ont suivie, qui est regrettée. La figure titulaire de Tito et le Parti communiste ont étouffé les nationalismes, créant une atmosphère de tolérance entre les différentes communautés et religions. Les jeunes, eux, s’ils n’ont pourtant pas connu cette période, regrettent surtout un âge d’or pour l’art, quand il y avait plusieurs productions de films et une musique de haute qualité. Les vieux tubes yougoslaves sont encore écoutés et appréciés, un peu en contestation du Turbo folk « bas de gamme ».

La Yougoslavie n’existe plus mais son souvenir et la culture de cette époque persistent et lient les générations. Une réaction qui témoigne d’un rejet du présent et de la transition difficile dans laquelle sont engagés les jeunes Etats issus de sa dislocation.

Filip Salamitov

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