Bosnie-Herzégovine : le nationalisme fait moins recette chez les jeunes

A l’approche du premier recensement depuis la guerre, les jeunes de Bosnie-Herzégovine se retrouvent de moins en moins dans les discours des partis au pouvoir. Explications.

Ils sont las. Fatigués d’un système politique sclérosé, du matraquage médiatique et de la paranoïa ambiante entretenue par les partis au pouvoir. Ruba, Sanjin et Dario font partie de la génération des 20-25 ans, née à la fin de la guerre. Ils ne portent pas un regard très optimiste sur le pays, ne croient plus aux discours des partis au pouvoir mais espèrent le changement.

En Republika Srpska le premier ministre et leader du parti nationaliste (le SNSD), Milorad Dodik, réclame régulièrement l’indépendance de l’entité serbe et prédit la disparition programmée de la Fédération. « La majorité en Bosnie-Herzégovine, je veux dire les Serbes et les Croates, ne veulent pas de cet état. Seuls les Bosniaques le veulent encore parce qu’ils croient pouvoir imposer leur pouvoir à toute la Bosnie », déclarait-il en octobre dernier. Une éventualité inacceptable pour Ruba, jeune activiste de Sarajevo, 20 ans et bosniaque : « Les Croates et les Bosniaques n’accepteraient jamais une telle chose, ce serait une raison pour un nouveau conflit. […] Les Bosniaques n’accepteraient jamais que la Republika Srpska, créée par un génocide, devienne un nouveau pays. Ils se battraient avec toutes les ressources démocratiques possibles. » Les Accords de Dayton qui ont mis fin à la guerre et créé la Fédération telle qu’elle est aujourd’hui ne permettent en effet à aucune des entités de devenir indépendante. Le discours de Dodik ne semble pas lasser que Ruba : le SNSD a perdu 26 municipalités lors des dernières élections en octobre 2012.

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Composition ethnique de la Bosnie-Herzégovine

Composition ethnique de la Bosnie-Herzégovine

Dayton a également entériné Bosniaques, Croates et Serbes en trois entités constitutives de la Bosnie-Herzégovine. « Personne ne pense aux autres » déplore Ruba. Malgré deux condamnations par la Cour européenne des droits de l’Homme, la Constitution du pays interdit toujours aux autres nationalités, comme les Juifs ou les Roms, de se présenter  aux élections. Pourtant, certains s’identifient de plus en plus comme autre. Sanjin aux origines diverses ne peut pas se positionner dans une seule communauté. Dario, lui, refuse les classifications : « Quand les gens entendent mon nom, ils pensent automatiquement ‘Oh, il est Croate’, alors que je ne le suis pas. Je suis autre car je refuse de participer à ce système. »

Comme Dario, lors du recensement pilote effectué en octobre 2012 35% des sondés se sont déclarés « bosno-herzégoviens ». Un changement progressif de mentalité que n’ont pas encore intégré les partis nationalistes qui se sont lancés dans des campagnes ethnocentrées. Une publicité télévisée appelle ainsi à se déclarer bosniaque : « Il est important d’être bosniaque ; je suis bosniaque, ma religion est l’islam, ma langue est le bosniaque. »

L’espoir du changement

Mais le nationalisme n’est pas encore prêt à disparaître. Dario est sombre : « Je pense que les Croates et les Serbes aimeraient vraiment vivre dans un Etat sans Bosniaques. C’est normal : c’est plus facile de vivre dans un pays avec des gens qui partagent la même indentité nationale. Je pense que « l’amour » ici est faux ; si la guerre revient, les gens se tueront entre eux. » Constat pessimiste pour le présent, mais pas fataliste.

La lassitude et l’exigence des jeunes générations pourraient devenir le moteur d’une transformation du pays ; la volonté d’adhérer à l’Union Européenne, son carburant.

Marion Dautry

à lire aussi sur Café Balkans : Quel avenir pour la Bosnie-Herzégovine ? Témoignages de la région (20/04/2012) et 3 communautés, 3 populations : la division ethnique n’aide pas à la reconstruction en Bosnie-Herzégovine (14/05/2013)

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