Rétrospective : la Croatie dans l’UE

SIPA/AP PHOTO/FILIP HORVAT

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Le dimanche 22 janvier dernier, les Croates, appelés à voter par référendum, disent « oui » à l’adhésion à l’Union Européenne. Malgré une adhésion à plus de 66% des voix, le référendum a connu un taux de participation de 43,58%, un chiffre bien inférieur aux législatives et décevant pour les perspectives européennes des Balkans. Signé en décembre dernier, le traité d’adhésion doit maintenant être ratifié par les 27 Etats membres avant d’officialiser son adhésion le 1er juillet 2013.

La Croatie devient donc le second Etat de l’ex-Yougoslavie à rejoindre l’Union Européenne (UE), après la Slovénie en 2004. La question de l’intégration européenne divise néanmoins l’opinion croate. En effet, les responsables politiques, pro-européens, voient ce vote comme une étape cruciale de l’histoire croate et notamment comme la décision la plus importante que le petit état balkanique ait pu avoir à prendre depuis son indépendance. Si le gouvernement n’a fait que rappeler son engagement européen, il n’en a pas été de même des médias. Vecernji List, le plus grand quotidien local, titrait ainsi « Le jour de la décision : l’Europe ou les Balkans » ; comme s’il s’agissait à tout prix d’oublier un passé balkanique douloureux et de faire une croix sur une réputation de violence et d’instabilité héritée des années 1990. L’UE s’ouvre aux Croates comme une délivrance et une promesse d’un avenir pacifié. Ce rôle des médias s’observe notamment dans les sondages qui montraient un fort enthousiasme européen aux débuts des années 2000.

Adhésion, désillusion et interrogations

Mais à mesure que les négociations commençaient et s’intensifiaient, le peuple rentrait dans la désillusion et dans le rejet des réformes imposées par Bruxelles. Les nombreux critères fixés par Bruxelles s’imposent à la Croatie souvent de manière intransigeante, de sorte que l’enthousiasme européen décline peu à peu. Enfin, la crise économique qu’a connue l’UE n’a pas arrangé les espoirs d’un peuple qui, finalement est revenu sur les ambitions économiques de l’intégration européenne.

Aussi, l’Etat croate, à l’image de l’ensemble des Etats européens, connaît un fort populisme et une montée des partis nationalistes. Le pays voit donc l’émergence de l’euroscepticisme. Cet euroscepticisme lié aux questions de la souveraineté, après avoir gagné une partie de la classe politique, s’introduit de plus en plus dans la population et de manière importante dans les votants du « non ». A terme, la menace d’une opinion proche de celle actuelle en République Tchèque plane, ce que l’UE et le gouvernement croate doivent absolument éviter. En effet, ce nouvel élargissement intervient à un moment où l’Europe, en crise, fait face à des problèmes structurels voire même cruciaux. Les interrogations liées à l’UE ne sont pas forcément propices à un élargissement qui, souvent, a été vu comme une erreur – lors de l’élargissement de 2007 notamment.

Un différend hérité du passé yougoslave

A cela s’ajoute un problème d’une autre envergure. L’ « inachèvement » politique des Balkans a longtemps amené la Slovénie à bloquer la candidature de la Croatie pour sa frontière maritime, jusqu’à sa résignation par un règlement à l’amiable en 2009. Mais récemment, la Croatie a signalé la présence d’un navire militaire slovène aux abords de ses eaux territoriales. Un tel mouvement serait susceptible de compromettre l’accord de 2009 selon le gouvernement croate. Ainsi, les deux pays sont amenés à résoudre ce différend une nouvelle fois auprès d’un tribunal d’arbitrage. Cette dispute territoriale, vieille de l’indépendance, porte sur 13 km2 de terres inhabitées et sur l’accès de la Slovénie aux eaux internationales dans le golfe de Piran. Après avoir bloqué les négociations d’adhésion, les deux pays ont signé un accord et ont composé de concert un tribunal d’arbitrage.

La question du partage de la baie de Piran, entre la Croatie et la Slovénie, fait toujours l’objet d’un litige qui semble ne pas pouvoir trouver d’issue par des négociations bilatérales.
(Carte : http://www.amb-croatie.fr)

Problématiques d’un élargissement isolé

Ainsi, si la Croatie semble déjà être un membre de l’Union Européenne, tant au niveau institutionnel qu’économique et politique, il n’en reste pas moins que le passé balkanique n’est toujours pas réglé. Ce différend balkanique illustre l’attitude des nationalistes, gagnés d’un euroscepticisme criant. Cela rappelle les propos de Zorana Banac, une mère de famille ayant voté « non » au référendum : « L’UE est actuellement comme le Titanic après qu’il eut heurté l’iceberg. Pourquoi monter à son bord ? ». Si cet euroscepticisme excessif révèle une opinion mitigée, l’Union ne peut tout de même pas se permettre d’abandonner la perspective européenne des états balkaniques. On pourrait ainsi voir un durcissement des critères pour ne pas qu’un pays rejoigne l’UE sans une résolution des différends avec un autre état membre, comme cela a été le cas pour Chypre. La question des finances, elle aussi, avec l’échec de la Grèce, reste au cœur des problématiques. Les peuples des Balkans, dont les Croates, doivent échapper au désenchantement qui semble les guetter.

Logo de l’adhésion croate à l’UE

L’affirmation de l’avenir européen de la péninsule balkanique

A l’ouverture de la session plénière du parlement du 17 au 20 avril dernier à Strasbourg, Martin Schulz, le président du Parlement européen, a accueilli les 12 députés observateurs croates, nommés par le Parlement croate et qui prendront part aux réunions des commissions et groupes politiques avant l’adhésion officielle. M. Schulz en a profité pour rappeler que l’adhésion croate sera un jour historique pour la Croatie, l’UE et l’ensemble des Balkans occidentaux. Les perspectives européennes des Balkans semblent ainsi indéniables.

Elias Habbar-Baylac

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