Anri Sala. Un albanais représente la France à la Biennale de Venise

De Tirana où il est né en 1974 à Berlin où il habite, en passant par Paris où il a séjourné pendant dix ans, cet artiste albanais chouchou du monde de l’art contemporain représentera la France à la Biennale de Venise en 2013.

 Un produit de la diversité culturelle française

Réalisateur, sculpteur, photographe, Anri Sala est un plasticien accompli qui connaît bien la France pour avoir étudié aux Arts Déco et au studio Le Fresnoy, et y avoir construit sa carrière. Le choix de cet artiste voyageur pour la Biennale de Venise est un symbole de l’ouverture et de l’attractivité culturelle de la France qui le consacre une seconde fois par une exposition au Centre Pompidou du 3 mai au 6 août.

Un artiste total

Anri Sala explore l’art dans son intégralité et l’utilise pour faire résonner l’espace physique et mental. Dans son film « Dammi i colori » (Donne-moi les couleurs), une caméra filme la nuit les façades bigarrées de Tirana. En voix off, le maire de la capitale et ami de l’artiste, Edi Rama, force à l’œuvre derrière cette transformation de la ville. Entre les silences du narrateur et les bruits diurnes et nocturnes de la capitale, on entraperçoit dans ce film de quinze minutes à la limite du documentaire des thèmes chers à Anri Sala : la lumière et l’obscurité, le silence et la musique, l’architecture et l’espace, la déambulation, et une recherche de sens difficilement accessible réservée au spectateur averti.

Inspirations balkaniques

Si son activité artistique l’amène surtout à Paris, Londres et Berlin, les Balkans dont il est originaire ne sont pas absents de l’œuvre d’Anri Sala. Le siège de Sarajevo est l’inspiration de son «1385 days without red» (1385 jours sans rouge), film issu d’un projet en collaboration avec l’artiste bosnienne Šelja Kamerić, dans lequel on suit la course haletante d’une musicienne qui rejoint l’orchestre symphonique en traversant la tristement célèbre Sniper’s Alley dans un Sarajevo assiégé. S’il semble refuser l’étiquette d’artiste engagé, Anri Sala préfère dire que faire une œuvre politique, c’est « de ne pas rester dans la passivité et d’accepter les choses telles qu’on les trouve », ce qu’il tente de faire à travers chacune de ses créations.

Damni i Colori (2011)

Hélène Legay