Quatre ans dans les Balkans

« En arrivant à Pristina, ma première impression, sur la route de l’aéroport au centre-ville furent les traces de la guerre » se souvient David Priol. Ce styliste français de trente-cinq ans a passé quatre ans dans les Balkans entre 2005 et 2009 dont trois à Pristina, la capitale, où il a enseigné dans la première école de mode du Kosovo. Retour sur une expérience unique.

Un défi

L’idée de créer une école de mode à Pristina est venue d’un collègue et ami de David Priol, originaire de la région. La décision de partir n’a pas été simple à prendre car le styliste explique avoir eu à l’époque « deux sons de cloche différents ». D’un côté, son ami lui vantait les mérites de la région, de ses habitants et des possibilités qu’elle recelait, et de l’autre, deux membres de sa famille, Casque Bleus pendant la guerre d’ex-Yougoslavie, étaient plus nuancés car leur expérience dans la région était pour le moins négative. Le défi que représentait cette aventure l’a cependant emporté. Une gageure à double titre. D’abord personnel, car David Priol avoue n’avoir auparavant voyagé que dans des « destinations touristiques » comme les grandes villes européennes alors que la guerre au Kosovo avait pris fin en 1999. Un challenge professionnel ensuite car pendant quatre ans le styliste a mis sa carrière parisienne « entre parenthèses ». De plus, il n’avait jamais enseigné et dans la nouvelle école de mode tout était à faire, à commencer par concevoir les programmes.

Au quotidien

Les craintes et les éventuels préjugés sont cependant très vite tombés. David Priol raconte avoir rencontré des  personnes optimistes, faisant de gros efforts pour reconstruire la ville. Il explique avoir appris l’albanais « sur le tas » et le parler « comme une vache espagnole » mais peu importe. Le contact avec les élèves est bon et l’école se fait rapidement connaitre grâce à la médiatisation de l’inauguration puis au travail des élèves présenté dans des vernissages et défilés. Rien n’existe, tout est à créer mais il y a une forte demande. Il dit avoir rencontré au Kosovo « une véritable envie d’habillement, plus d’occasions et d’efforts de la part des gens qu’en France ». David Priol a enseigné pendant trois ans à l’école de mode de Pristina puis a travaillé plusieurs mois en free-lance, ce qui lui a permis de voyager dans toute la région des Balkans.

Images d’un défilé de David Priol et de trois de ses élèves à Pristina

Sa vision du Kosovo

David Priol a habité au Kosovo pendant une période essentielle pour le pays, l’accession à l’indépendance. Du jour de l’indépendance, le 17 février 2008, il se rappelle surtout le froid mordant qui n’a pas empêché la foule des Kosovars de descendre dans la rue pour montrer leur joie. Il avoue ne pas trop s’intéresser à l’aspect politique de la question kosovare. Il lui est d’autant plus compliqué de prendre position dans les conflits qui déchirent la région qu’il l’a sillonnée durant la dernière année de son séjour. Il a rencontré de nombreuses personnes et entendu autant d’histoires et de perceptions différentes de la situation politique. En ce qui concerne l’avenir du Kosovo, il se dit « plutôt optimiste » et estime qu’il faut « laisser les choses se faire ». Pour preuve, ses anciens élèves ont réussi à faire leur chemin, dont certains brillamment.

David Priol a quitté les Balkans en 2009 pour revenir à Paris mais demeure très attaché à la région. Il y a gardé quelques amis, reste en contact avec ses anciens élèves pour des conseils ou pour leur envoyer du matériel et y retourne assez régulièrement. Un projet d’installation sur la côte du Monténégro, pays qui lui a particulièrement plu pendant ses voyages, trotte dans un coin de sa tête mais pour l’instant, ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour.

Constance Marécheau