Exit Festival – Le Woodstock nouvelle génération

Début juillet 2011, la forteresse multiséculaire de Petrovaradin résiste difficilement à des dizaines de milliers d’Européens venus faire trembler les murs de la citadelle au rythme des sons techno, dance, et pop rock à l’occasion de la 11ème édition du festival EXIT. Rendez-vous annuel au bord du Danube, Exit annonce la fin des années de plomb de la Serbie.

«En 2000, ils ont fait une fête pour 200 personnes et maintenant, presque 12 ans après, cela est devenu une organisation incroyable qui réunit 17 scènes! » rappelle le DJ français Joachim Garraud, tête d’affiche du Festival, enthousiaste à l’idée de faire vibrer les masses sur ses sons psychédéliques. Pendant le «show», le travail des ingénieurs du son et autres techniciens qui s’affairent en backstage dans les 16 kilomètres de souterrain semble faire effet sur une foule survoltée enchaînant les « pogos ». Entre les concerts, l’odeur des Cevapi et autres Pljeskavica éveille l’appétit de «night-clubbers» qui n’abandonnent leur danse que pour quelques heures de sommeil dans des tentes dressées en contrebas. Une bannière rouge «State of Exit» pavoise pendant trois jours sur la façade nord de la forteresse veillant sur Novi Sad. L’alcool qui coule à flot pendant l’événement plonge les rives du Danube dans une atmosphère bouillonnante.

Un projet contestataire mais fédérateur

Si le festival EXIT a reçu en 2007 le titre de «meilleur festival européen», il est au départ un combat politique mené par un mouvement étudiant de la Faculté de Technologie de Novi Sad à l’encontre de l’autoritarisme du régime de Slobodan Milosevic. «Le Festival était une forme de campagne contre le régime qui avait mis en place une censure. N’importe quel artiste qui voulait le critiquer et s’exprimer n’avait aucun endroit pour le faire» explique Bojan Bošković , un des fondateurs du Festival. A l’instar des hippies de Woodstock, les premiers festivaliers d’Exit étaient des opposants politiques qui voulaient en finir avec la violence du régime de l’époque. Pour Tijana T, DJ et présentatrice TV serbe, «le festival était la première bonne nouvelle dans le pays après 10 ans d’isolement, de guerres, et de mauvaise réputation». Elle ajoute que le succès du festival qu’elle considère comme «super-spécial» est aussi dû à «la musique [qui] est une chose universelle ».

EXIT, fierté nationale

 A la nuit tombée, un gigantesque « We are back in Serbia » est projeté sur les écrans des plus grandes scènes. « Je suis fier d’être Serbe et d’avoir un tel festival près de chez moi » raconte Dušan , 22 ans, dans un anglais sommaire. Il porte pour l’occasion un T-shirt sur lequel « I LOVE SERBIA » est floqué en majuscules, comme pour rappeler qu’il fait partie de cette nouvelle génération serbe qui ne cache pas sa fierté d’appartenir à un pays qui fédère pendant trois jours une jeunesse européenne mélomane. Le Festival ne tourne pas le dos à un passé parfois lourd à porter, en témoignent les canons qui font toujours partie du décor à quelques mètres de l’enceinte du château. Ce lieu n’est pas exclusivement chargé d’histoire. L’inscription « We are the future », que l’on peut lire sur certaines banderoles, traduit la volonté d’aller de l’avant et de faire de cet héritage douloureux le moyen de cultiver une différence, qui peut s’avérer être un atout.

Antoine Galudec et Manuel Blanc

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