Génocide de Srebrenica : une vérité qui reste à dire

L’arrestation de Radovan Karadžić et de Ratko Mladić est loin de marquer la fin du combat mené par l’Association des Mères des enclaves de Srebrenica et Žepa qui ont perdu leurs proches durant le génocide. Dans leur deuil immense, elles puisent désormais la force de poursuivre la lutte pour que justice soit rendue.

Trouver le bureau de Sarajevo de l’association n’est pas chose facile. Il faut abandonner le centre-ville et les quartiers touristiques pour s’enfoncer dans le Novo Sarajevo, un quartier résidentiel construit pendant le communisme et jamais rénové depuis, malgré le passage violent des guerres des années 1990. Le bureau des Mères se trouve au rez-de-chaussée d’une barre d’immeuble, petit espace vite remplis et dont les murs sont couverts de récompenses saluant le combat mené par l’association. Présentes, la vice-présidente de l’association et deux activistes, toutes trois survivantes du massacre se font un devoir de raconter leur histoire.

Un combat pour le deuil et la mémoire

Le 11 juillet 1995, l’enclave démilitarisée de Srebrenica tombe aux mains de l’armée bosno-serbe de Ratko Mladić. Dix milles hommes sont tués en à peine trois jours, et les femmes déportées à Tuzla. Après le génocide, les femmes survivantes se sont assemblées pour réclamer la vérité et les corps de leurs hommes et de leurs fils disparus. Elles se sont d’abord adressées aux institutions publiques, puis ont décidé de fonder leur propre association pour pouvoir mener leur combat avec plus de force. Aujourd’hui, les Mères réclament vérité et justice.

A ce jour, seulement deux milles corps ont été retrouvés et identifiés selon les critères établis par la communauté internationale. Beaucoup de famille ont enterré des cercueils vides, c’est le cas de la vice-présidente de l’Association qui n’a pu enterrer qu’un morceau du pull que portait son fils au moment du massacre. Lorsque la communauté internationale a commencé les recherches sur les charniers où étaient enterrés les corps, l’armée bosno-serbe a organisé leur déplacement, dispersant les cadavres en plusieurs morceaux, ce qui rend leur identification beaucoup plus difficile. « Un génocide par-dessus le génocide » selon les mots de Kada Hotic, la vice-présidente.

La culpabilité de la communauté internationale

« Ils nous ont trahis. Ils nous ont rassemblés dans un seul endroit dont on ne pouvait s’échapper. Ils ont aidé à la déportation. » Le regard porté sur la présence des casques bleus néerlandais à Srebrenica au moment du génocide est sans appel. La communauté internationale, est aussi responsable de ce qui s’est passé : « le monde a regardé sans intervenir ». L’ONU et l’Union Européenne ont demandé pardon à la communauté bosniaque, mais le pardon n’est pas suffisant. Les Mères réclament davantage d’actes, un engagement plus poussé pour la reconstruction du pays, pour l’aider à sortir de la crise politique et économique, pour lutter contre les 43% de chômage et le nationalisme qui revient en force parmi la jeunesse.

L’exigence de justice et de vérité

Le travail du Tribunal Pénal International pour l’Ex-Yougoslavie est primordial pour faire la lumière sur le génocide, arrêter les coupables et rendre la justice. Cependant la condamnation de Mladic et Karadzic n’est pas suffisante, ils n’étaient pas les seuls impliqués « une machinerie complète était à l’œuvre ». Les Mères demandent aux dirigeants politiques de Bosnie et de Serbie de donner une explication au génocide, de justifier la guerre, mais « il faudra beaucoup de temps pour comprendre et mettre en lumière la stratégie des Serbes ». La raison pour laquelle la haine a commencé n’est pas claire, la seule certitude des Mères est la responsabilité de Milosevic, lorsqu’il a pris le contrôle de la Serbie et de l’armée de Yougoslavie (JNA). Malgré la déclaration du Parlement Serbe de mars 2010 condamnant le génocide de Srebrenica, l’association des Mères considère que les politiciens serbes, et toute la population, doivent encore présenter leurs excuses pour le génocide.

La rencontre s’achève par la conclusion de Zumra Sehomerovic, l’une des activistes : « nous ne demandons pas de compassion, nous ne voulons pas de votre pitié. Nous vous souhaitons de ne jamais vivre ce que nous avons vécu, pour nous il ne reste plus aucune joie, aucun espoir. Maintenant nous réclamons la justice, le droit de faire notre deuil, la vérité et des droits égaux pour tous les habitants de Bosnie, afin qu’une telle horreur ne puisse jamais se reproduire ». Leur vie de mères a été anéantie par la guerre, mais leur travail de Mères, au sein de l’association, est loin d’être terminé.

Marion Dautry

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