Serbie : Toujours la fin pour justifier les moyens ?

La Serbie vient de décrocher début mars la palme de candidat à l’adhésion pour l’Union Européenne. Une récompense qui se justifie, selon le président de l’Union,  Herman Van Rompuy, par les efforts accomplis ces derniers temps par le pays.

Des efforts, il y en a déjà eu beaucoup par le passé. L’histoire de la Serbie est parsemée de violentes et difficiles étapes. Elle n’a pas hésité à utiliser souvent la force pour se maintenir en tant que puissance dominante dans la région. De la conquête de son indépendance contre les occupants ottomans aux guerres balkaniques pour élargir son territoire, la Serbie a récolté une réputation de nation guerrière. De nation courageuse aussi durant la Première guerre mondiale comme la Seconde où elle fut un des rares pays à se libérer seul. Les récents conflits des années 90, entachés d’exactions, sont moins héroïques cependant…  Les années 2000 offrent un tout nouveau visage. Le président sortant, l’autoritaire Milosevic tente de se maintenir au pouvoir, mais il est finalement déchu et livré par son propre pays à la justice internationale.

Un changement méthodique de politique

Sous la houlette du président Tadic, du Parti Démocrate, élu en 2004, la Serbie se rapproche par la suite de l’OTAN- avec qui il signe le Partenariat pour la Paix – et reconnait sans accroc majeur l’indépendance du Monténégro en 2006. Réélu en 2008, il doit faire face à la sécession du Kosovo qui déclare unilatéralement son indépendance, au grand dam des Serbes pour qui la région revêt une importance historique capitale. Les tensions vives qui s’ensuivent nuisent à l’orientation pro-européenne du gouvernement, qui dépose pourtant sa candidature à l’UE en 2009. 

Pour répondre aux exigences de Bruxelles, Tadic affole même son propre peuple : les autorités procèdent en 2011 à l’arrestation de Ratko Mladic, recherché par le TPIY depuis 1995, que beaucoup considèrent comme un héros national. Enfin le 27 février dernier, un accord signé à Bruxelles apaise le dialogue entre Serbie et Kosovo. Un coup de maître de pour Tadic, qui obtient le statut de candidat à l’UE pour son pays sans pour autant reconnaitre l’indépendance de la province.

Jusqu’où ira la Serbie pour atteindre son but ? Reconnaitre le Kosovo ? Cela reste à voir…

Charles Latapy

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