La Macédoine de nouveau sous tension

Onze ans après la fin des affrontements entre forces de sécurité et guérilla albanaise, les rapports entre majorité macédonienne et minorité albanaise sont de nouveau électriques après de nouvelles tensions ces dernières semaines.

Début du mois de mars à l’ouest du pays, deux hommes albanais macédoniens sont abattus par un policier slave macédonien à Gostivar. Ensuite, trois incidents violents font dix blessés à Skopje. Une manifestation de 5000 Albanais de Macédoine a dénoncé les deux meurtres de Gostivar, sans enrayer pourtant la spirale de  violence : trois Macédoniens âgés de 15 à 17 ans ont été agressés à Skopje, dont deux hospitalisés, et à Tetovo, ville à majorité albanaise, un policier a été blessé et hospitalisé, dans la nuit du samedi 10 mars.

Multiplication d’incidents

Depuis 2001, les tensions inter-ethniques semblaient pourtant apaisées. En 2008, on évoquait même un système du « bipartisme bi-ethnique »* efficace, permettant une représentativité proportionnelle des deux communautés et plus de droits pour la minorité albanaise, qui représente un quart des deux millions d’habitants de la Macédoine. Mais depuis le début du mois de mars, la Macédoine souffre des pires actes de violence à caractère ethnique qu’ait connu le pays depuis les accords de paix d’Ohrid en 2001, signés après un conflit de plus de 7 mois.

Un embrasement généralisé

Opposant des gangs rivaux des communautés macédonienne et albanaise, les derniers affrontements auraient fait une quinzaine de blessés. Les émeutes gagnent la plupart des villes macédoniennes et des églises orthodoxes ont été incendiées près de Struga et Tetovo. Après une altercation entre supporters, les autorités du pays ont été contraintes de suspendre le championnat national de football. Le conflit s’est ensuite propagé sur les réseaux sociaux. Cette flambée de violence, qui rappelle le souvenir de 2001, révèle les fractures d’une société macédonienne caractérisée par le désespoir des jeunes, un malaise social et surtout l’inaptitude des élites politiques.

Une menace pour la stabilité de la zone

Selon certains experts, ce nouvel embrasement ethno-politique pourrait bouleverser le triangle composé du Kosovo, de l’Albanie et de l’ouest de la Macédoine, presque exclusivement peuplé d’Albanais. La semaine dernière, un cocktail Molotov a d’ailleurs été lancé contre l’ambassade de Macédoine à Pristina. Le Premier Ministre conservateur macédonien, Nikola Gruevski, joue la carte d’une surenchère nationaliste basée sur une mythologie antique, excluant les Albanais, ce qui accroît donc les tensions interethniques. Selon Dušan Reljić, chercheur à l’institut allemand des relations internationales, « si le fossé déjà important entre les Macédoniens et les Albanais continue de se creuser, l’Etat macédonien sera en péril ».

L’inquiétude du peuple

Samedi 17 mars, « une Marche pour la paix » a réuni 2000 personnes pour protester contre les heurts entre jeunes d’origines macédonienne et albanaise. 70 organisations communautaires et non gouvernementales, personnalités publiques, intellectuels et journalistes ont défilé dans les rues de Skopje pacifiquement, exprimant leurs craintes pour l’avenir du pays.

*expression de Jean-Arnault Dérens.

Elias Habbar-Baylac

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