Prison de Scheveningen : entre résurgence et oubli de la Yougoslavie

A près de 1500 de kilomètres de Belgrade, la prison de Scheveningen, aux Pays Bas, n’est pas une prison comme les autres. Derrière ses barreaux se cachent exclusivement des hommes politiques longtemps traqués par la communauté internationale. Parmi ceux-ci, on retrouve les criminels de guerre responsables des purifications ethniques de la fin du siècle dans les Balkans.

Si certains ont déjà été jugés pour crimes de guerre ou crimes contre l’humanité, d’autres attendent à Scheveningen leur procès par le Tribunal Pénal International de l’Ex-Yougoslavie (TPIY). Paradoxalement, ces hommes qui se sont entre-déchirés pendant près de dix ans semblent se côtoyer en bonne intelligence. Parties de football, jeux de société, ou discussions politiques sont monnaie courante. Des conditions de vie jugées parfois trop convenables en comparaison des séquelles psychologiques et morales que ces hommes ont laissées dans les Balkans. De Slobodan Milosevic à Ante Gotovina, de grandes figures de la barbarie ont fait de cette prison un microcosme de l’élite criminelle d’ex-Yougoslavie.

Travail de mémoire des victimes

La prison de Scheveningen, par le symbole de violence qu’elle représente, est devenue le lieu d’une justice enfin faite pour les familles des victimes. Ces dernières occupent d’ailleurs un rôle-clef au sein du TPIY en apportant témoignages précieux et pièces à conviction. Le 14 mai prochain, à l’occasion du procès de Mladic, pas moins de 400 témoins défileront à la barre pour mettre des mots et des noms sur le génocide de Srebrenica. Pour les victimes, cette volonté de rendre justice participe d’un travail de mémoire éprouvant mais nécessaire.

Une mini-Yougoslavie

Le climat de la prison restait tout de même peu connu jusqu’à octobre 2011, date à laquelle le journaliste bosnien Damir Sagolj s’est immergé dans le quotidien des détenus. Il a alors découvert une Yougoslavie en miniature, où les tensions avaient disparues, mais où la violence était toujours de mise, notamment pour faire pression sur les institutions. En témoigne la prise en otage en 2006 de la porte-parole de la procureure, Florence Hartmann. Vojislav Seselj à l’origine de ce coup de force voulait dialoguer avec Kofi Annan, alors Secrétaire général de l’ONU.

La prison de Scheveningen illustre bien cette transition qui est en marche dans les Balkans : celle d’affronter un passé douloureux pour aller, enfin, de l’avant.

Antoine Galudec