Bosnie-Herzégovine : un ministre de l’éducation frappé d’une fatwa

Le 10 février, Emir Suljagic, ministre de l’éducation, de la jeunesse et des sports du canton de Sarajevo, a démissionné de son poste suite aux violentes menaces professées à son encontre par les autorités musulmanes.

Tout a commencé lorsque Emir Suljagic a décidé avec son programme de réforme débuté en 2010 de ne plus intégrer les notes des cours de religion à la moyenne des élèves de primaires, afin de ne pas discriminer les élèves n’ayant pas choisi de suivre cet enseignement. Cette annonce lui a immédiatement attiré les foudres du Conseil de la Communauté Musulmane de Bosnie. Son leader, Mustafa Ceric a publiquement sommé le ministre d’y renoncer. Suite à son refus le Conseil a prononcé une fatwa de cent ans à son encontre et à celle de ses descendants. Les pressions ont continué, jusqu’à la réception d’une lettre de menace et d’une balle calibre 7.32 au propre domicile familial des Suljagic qui ont poussé le ministre à la démission définitive. « Les menaces ont débuté après que mes décisions ont commencé à affecter les centres de pouvoir qui ne sont pas soumis à des élections démocratiques » a déclaré Emir Suljagic lorsqu’il s’est exprimé sur son renoncement sa fonction.

Un abandon politique 

Pourtant certains médias en Bosnie remarquent que la démission du ministre intervient juste après un désaccord entre  les leaders de son parti, le SDP (Parti Social Démocrate). Le manque croissant de soutien de la part de sa propre famille politique aurait été un argument de plus dans le choix du ministre d’abandonner son poste.

Le Conseil de la Communauté Musulmane a ainsi obtenu satisfaction. Cependant immédiatement après l’annonce de la démission de Suljagic, des slogans de soutien au ministre sont apparus dans les rues de Sarajevo proclamant « Nous sommes tous Emir S. » ; « Dignité plutôt qu’une chaire ». Une partie de la population de la capitale, majoritairement peuplée de Musulmans, semble ainsi préférer soutenir ses élus face à des autorités qui ne répondent que devant Dieu.

Marion Dautry

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