Affaire Taton, éviter les amalgames

Le procès en appel des meurtriers de Brice Taton, jeune supporter toulousain assassiné à Belgrade par des hooligans, s’est soldé par une réduction des peines initialement prononcées. Un dysfonctionnement selon la famille, un embarras pour la Serbie.

En 2009, Brice Taton était assassiné avec une grande violence dans le centre ville de Belgrade par 16 hooligans avant un match entre le TFC et le Partizan. Au moment du dernier jugement, la cour d’appel a dû réduire les peines des accusés, admettant son incapacité à établir les circonstances exactes du meurtre. Selon l’association créée par la famille, cela marque un dysfonctionnement de la justice serbe. En effet, seulement 2,4% des supporteurs violents sont condamnés en Serbie. Un chiffre peu élevé qui explique la décision de la famille Taton d’attaquer l’État.

Le hooliganisme ne reflète pas la Serbie

Les milices néo-nazies mises en cause ne représentent qu’une branche minoritaire des Grobari, le groupe de supporters du Partizan Belgrade. Ainsi, un ami de Brice Taton avait déclaré n’avoir « jamais ressenti de pression dans la rue » les jours précédents le match. Le drame avait d’ailleurs ému l’opinion publique serbe. Le hooliganisme n’est pas non-plus propre à la Serbie, même s’il y est instrumentalisé par l’extrême-droite. Le problème est présent partout en Europe. En France en 2006, un supporter du PSG était décédé dans des affrontements avec la police. La particularité des hooligans de Serbie est d’avoir participé aux guerres de Yougoslavie. Certains de ces anciens combattants ressentent une « aversion pour les pays qui, comme la France, ont bombardé les Serbes » déclare le supporter et journaliste Aleksandar Mihailovic. L’affaire Taton a également sensibilisé le gouvernement serbe à la violence dans les stades et des efforts sont faits depuis quelques années, avec par exemple l’installation de détecteurs de métaux.

Que justice soit faite est nécessaire par respect pour la famille. Mais le hooliganisme ne peut être perçu comme un raccourci qui réduirait la Serbie à une poignée de groupes violents.

Manuel Blanc