Gjirokastra, la belle endormie

– Albanie –

Panorama de la ville de Gjirokastra

Nichée au coeur des montagnes du sud de l’Albanie, Gjirokastra a donné naissance en l’espace de deux générations à Enver Hoxha, un dictateur mégalomane, et un écrivain nobélisable, Ismaïl Kadaré. Aujourd’hui, cette «ville-musée» de 30 000 habitants inscrite au patrimoine de l’UNESCO semble être restée figée dans le temps.

Après des kilomètres de terre desséchée et quelques débuts d’incendie, le visiteur arrive dans une cuvette. Perchées sur l’un des flans de la montagne de petites maisons en pierres, aux toits en lauzes grises, sont attroupées et scrutent qui brise le silence de ce début de matinée.

Fondée sous l’empire byzantin, Gjirokastra passe sous domination ottomane en 1417. Les   nombreuses échoppes artisanales de l’ancien bazar rappellent le commerce passé et rayonnant de soie et de broderies. De bastion de la résistance aux Ottomans à la fin du XIXème siècle, la ville, après avoir été revendiquée par les Grecs lors de la Première guerre balkanique, passe successivement sous contrôle français, italien, grec et allemand au cours des deux conflits mondiaux, puis redevient albanaise en 1918.


Le silence d’une ville fantôme

Sous la chaleur écrasante, seuls les animaux rasent les murs, à la recherche de la fraîcheur, jalousement gardée par les bâtisses. Egarés dans ce lieu singulier, des touristes britanniques et néerlandais ruissèlent aux terrasses. C’est à la tombée de la nuit, que la ville fantôme se remplit d’âmes. Les hommes peuplent les cafés ou s’affrontent dans des parties de billard aussi longues que la nuit. Les femmes, se faufilent entre les ombres pour bavarder entre deux courses.

Si le tourisme constitue la plus importante source de revenu de la ville, et permet aux petits artisans de perpétuer des savoirs millénaires, les productions des fruits et légumes assurent aux habitants des revenus tout au long de l’année.

Une histoire inscrite dans les murs

La bourgade est riche en musées et monuments retraçant son histoire et celle du pays, comme la maison d’Enver Hoxha, dictateur communiste qui dirigea l’Albanie de 1945 à 1985. Elle héberge aujourd’hui un musée de la vie albanaise. La maison d’enfance d’Ismaïl Kadaré est plus difficile à trouver. Les panneaux envoient dans une impasse. Au fond de la rue, une maison patricienne mais délabrée depuis des années. C’est peut-être là.

L’ancien bazar turc est aujourd’hui le coeur où bat la ville. Dans une boutique minuscule, des dessins de bande dessinée de la ville sont exposés. L’artiste, Chris, jeune américain, a quitté ses études d’architecture pour vivre ici.

Un dessin du jeune américain

Il espère gagner assez d’argent pour faire venir sa femme des Etats-Unis.

Dans l’une des nombreuses boutiques d’art moderne du bazar, une pièce exigue fait office de galerie. Des tableaux représentent des légendes albanaises. Une sculpture étrange évoque le voyage d’Ulysse. L’inspiration de Kadaré est toute proche. Le responsable de la boutique,  professeur de cinéma à Prague, prépare d’ailleurs un documentaire sur l‘ auteur.

Une ville écartelée entre deux époques

La forteresse médiévale qui domine la ville, abrite aujourd’hui un musée de la résistance. Après avoir défilé devant des centaines de canons, les touristes se dirigent vers la grande terrasse de la forteresse. Les vagues de construction de la ville se dessinent : la partie haute, du centre historique, et la partie basse, avec immeubles et terrains de football. Le panorama est à couper le souffle. Pendant l’occupation ottomane, la soeur du seigneur d’alors se serait jetée du haut de ces murs, préférant la mort à la captivité. Cette terrase accueille désormais tous les étés un important festival de musique folklorique. Les touristes désertent la ville un peu après minuit. Sans aucun doute, les maisons suivent du regard les voitures qui s’éloignent dans la poussière.

Hélène Legay

Advertisements